Il faudrait beaucoup d'imagination pour écrire quelque chose de pertinent et d'original sur cette "Cinquième" enregistrée il y a plus de trente ans (déjà !), tant l'interprétation de Carlos Kleiber défie l'analyse par sa perfection technique, parée des atours luxueux d'une Philharmonie de Vienne qui nous sort le grand jeu ! De surcroît, splendidement captée par les ingénieurs de la Deutsche Grammophon...
Il existe certes des lectures plus tendues (Toscanini, Schuricht, Monteux, Koussevitzky...), des affirmations plus péremptoires (Reiner, Markevitch, Mengelberg...), des évocations plus gracieuses (Walter, Wand...), des approches plus émouvantes (Furtwängler, Fricsay...), des versions plus esthétisantes (Karajan, Giulini,...) mais finalement très peu qui puissent être écoutées sans rien laisser désirer d'autre.
Avec un savant mélange de fougue, d'élégance, de puissance racée, de juste équilibre entre la spontanéité de la projection et l'aplomb de l'architecture, Kleiber semble avoir trouvé la recette miracle qui comble l'oreille à chaque instant.
Ce chef allemand a certes de qui tenir puisque son père fut également un éminent beethovenien, qui laissa un splendide témoignage avec le Concertgebouw d'Amsterdam pour Decca.
L'extrême rareté de ses enregistrements officiels font amèrement regretter qu'il n'ait plus fréquemment emprunté le chemin des studios car à l'instar de Midas, ce qu'il touchait se transformait en or le plus pur ("Inachevée" de Schubert, "Quatrième" de Brahms...)
Heureusement, quelques live de concerts subsistent, notamment une mirifique "Septième" captée le 3 mai 1982 avec l'orchestre de la Radio Bavaroise, à laquelle on pourra comparer le présent enregistrement de 1976, tout aussi subjuguant.
Alors si l'on devait recommander un seul disque symphonique de Beethoven, nonobstant les illustres références rappelées ci-dessus, Kleiber s'impose toujours comme un choix d'évidence.
Et même si l'on devait initier un mélomane en herbe à ce que l'on appelle pompeusement la « grande musique », l'on peut dire qu'elle ne fut jamais aussi grande et aussi belle qu'ici.