Les trois "Trios à cordes" de l'opus 9 furent achevés avant 1798 mais l'on ignore les dates et circonstances exactes de leur composition car les manuscrits en sont perdus.
Le genre du trio à cordes, parent pauvre du répertoire chambriste, fut délaissé par Haydn et Mozart, et il semble que Beethoven lui-même ne l'aborda que par obligation alimentaire.
Et pourtant, l'on aurait tort de négliger cette part du catalogue beethovénien car, sans atteindre le génie des Trios avec piano ou des Quatuors, ces pages révèlent un équilibre formel plein d'assurance, fourmillent d'idées mélodiques et rythmiques et s'avèrent d'une écriture à la fois serrée et tonique qui captive l'oreille.
Il fallait le génie contrapuntique de Beethoven pour atteindre une telle densité profuse avec seulement trois instruments.
Vera Beths, Jürgen Kussmaul et Anner Bylsma jouent ici sur trois splendides instruments d'époque, magnifiquement captés dans une église de Haarlem en septembre 1991.
La plénitude du discours, l'aisance de l'articulation, la perfection virtuose : les lectures classiques des Grumiaux et Beaux-Arts nous les avaient déjà offertes.
Mais ce renouvellement permanent des couleurs, cette légèreté chorégraphique, cette spontanéité de la respiration, cette précision des attaques, ce galbe nerveux de la phrase (écoutez les scansions très "Sturm und Drang" du con spirito de l'Ut mineur...) : il n'y a guère que les Archibudelli qui nous en font grâce.
A les entendre, ces trois oeuvres semblent s'improviser à mesure qu'on les écoute.
Et soudain, cet opus 9 devient le plus séduisant, le plus éloquent, le plus nécessaire qui soit.
Une renaissance !