Si Lupu avait eu la chance d'enregistrer dans de meilleures conditions artistiques, ce coffret serait l'intégrale suprême des concertos, absolument indétrônable. Pourtant... Seuls les concertos 1 & 2 sont vraiment parfaits, ciselés, élégants, équilibrés, magnifiques ; et malheureusement, le son de l'orchestre dans les concertos 3 à 5 est médiocre, trop ramassé. Si dans l'ensemble on entend bien un piano (ce qui est déjà pas mal) au timbre puissant, défini et équilibré, les autres instruments manquent de grâce, les tutti sont souvent un peu "durs".
Mais les cinq étoiles restent justifiées, tant l'interprétation de Lupu est parfaite, du début à la fin. C'est bien ce qui caractérise son jeu exceptionnel : pas une note qui ne soit pensée et articulée, pas un seul "flou artistique" masquant des carences techniques. Le rythme et les dynamiques sont résolument maitrisés, les fortissimo plaqués avec une vigueur et une précision implacables, les lignes détachées avec éloquence. Il paraît que Lupu ne livre une interprétation qu'après avoir pris le temps de l'assimiler à 100% : il semble que ce soit la vérité. Ajoutons que Lupu a composé une cadence (concerto n°2, le seul sans cadence déjà composée par Beethoven lui-même) d'une qualité si exceptionnelle que l'on jurerait entendre Beethoven en personne !
Les sonates et le quintet sont moins indispensables, le son n'est pas non plus très bon, mais on peut les considérer comme suppléments au noyaux dur de ce coffret : les 5 immenses concertos, portés ici à leur perfection pianistique.