Après le très saignant
Warpaint en 2008, les fans de The Black Crowes sont conviés à un nouveau festin pour
Before the Frost...Until the Freeze, le nouvel et conceptuel album des frères Robinson.
Tout d'abord seul
Before the Frost... et ses onze titres existe en version « physique »,
...Until the Freeze est lui composé de neuf titres offerts en téléchargement. Mais il s'agit bien des deux volets d'un seul et même projet, comme en témoignent les « pochettes » des deux albums montrant le même flanc de montagne lors de deux saisons différentes.
Ainsi perdus au milieu des bois, installés dans la cabane de trappeur qui illustre désormais leur site internet, les frères Robinson livrent en fait un de leurs plus étranges albums. Leur rock sudiste est pratiquement débarrassé pour l'occasion de leur habituelle fascination pour The Rolling Stones ou The Faces, il se rapproche par moment du néo-folk rock de leurs anciens compagnons d'écurie de l'époque Def American, The Jayhawks.
Que les amateurs de la guitare toute en dérapages de Rich Robinson se rassurent, ils ont de sérieux motifs de réjouissance tout au long de
Before the Frost..., en particulier avec
« Been a Long Time (Waiting On Love) » ou
« Make Glad ».
Pour le reste
Before the Frost... se compose de ballades à consonance country rock, d'intérêt variable, du très conventionnel voire convenu avec
« Appaloosa » et
« What Is Home », à un saisissant
« Last Place That Love Live » qui va chercher son émotion jusque chez Bob Dylan.
Au milieu de l'album se trouve un véritable O.V.N.I., le titre numéroquatre
« I Ain't Hiding », où The Black Crowes jouant à faire leur
« Miss You », oui un titre disco funky chez The Black Crowes c'est possible ! Pour surprenant qu'il soit
« I Ain't Hiding » est même réussi et en dit long sur les capacités conjuguées de Rich et Chris Robinson.
...Until the Freeze mise plus sur l'unité d'un climat glacé et envoûtant. Ouvert par le folk rock sidéral et psychédélique de
« Aimless Peacock », le bonus est une entité en soi, pas quelques chutes de studio hâtivement jetées en pâture aux fans crédules.
The Black Crowes commettent en fait avec .
..Until the Freeze un des meilleurs albums de folk rock de ces dernières années, à la fois mélodieux et délicat, sans oublier d'être puissant. La voix de Chris Robinson montre à chaque couplet que si elle a choisi de caresser, elle peut aussi trancher. The Black Crowes sont des rockers s'adonnant au folk, pas des folkeus essayant de muscler leurs orchestrations, et ça fait toute la différence.
Après avoir ressuscité le honky tonk rock de The Faces, voilà The Black Crowes en train de de dépoussiérer le meilleur de Neil Young, le tout avec maîtrise et un brin d'humour. Ultime détail, le dyptique est enregistré en public en studio, là encore les frères Robinson ne peuvent pas être taxés de frilosité. Résolument en marge des courants dominants, The Black Crowes continuent de façonner un des parcours les plus lumineux du rock américain actuel, classique certes, mais pas dénué d'une forte personnalité.
François Alvarez - Copyright 2012 Music Story