Une belle pièce que les Stones ont pondu fin 1968 ! Dans Beggar's Banquet, la bande à Jagger s'éloigne des errances engendrées par les substances prohibées de l'album Their Satanic Majesties Request de 1967 et s'est enfin posée...enfin, si l'on peut dire...Brian Jones est encore dans le coup mais sa participation est réduite à la portion congrue (guitare slide sur No Expectations, harmonica sur Dear Doctor, Parachute Woman et Prodigal Song, tamura sur Street Fighting man et mellotron sur Stray Cat Blues). C'est Keith Richards qui assure quasiment tous les morceaux de guitare (dont de nombreux acoustiques) . Eric Clapton (guitare), Nicky Hopkins (piano) et il semblerait Steve Winwood, contribuent à Beggar's Banquet.
L'album est blues, provoque les Scarabées (Beatles) avec Street Fighting Man (l'émeutier) qui incite se révolter (nous sommes en plein Mai 68 en France et guerre du Vietnam aux USA, c'est le calme plat à Londres) tandis que Revolution des Fab Four, même si elle s'inscrit dans le contexte politico-social du moment, n'appelle pas à un soulèvement massif (le titre est trompeur) est plutôt pacifiste. De même, Sympathy for the Devil du Beggar's Banquet fait allusion au Diable d'une manière beaucoup plus implicite (assassinat des tsars, des Kennedy...) que dans des chansons précédentes du groupe. Avec ce titre, le groupe prend le contre-pied du courant hippie de l'époque. Sa popularité s'en trouve relancée.
Deux mots sur la pochette : lors de la sortie de Beggar's Banquet, Decca, la maison de production propose une pochette blanche du style carton d'invitation alors que les Stones veulent imposer une photo de graffitis sur murs de chiotte. Résultat des courses : Decca gagne le bras de fer mais le disque sort deux mois plus tard. La photo « graffiti » sortira lors de la réédition en CD.
A écouter sans modération : Street Fighting Man, No Expectations (enregistré avec des micros ouverts), Stray Cat Blues, Factory Girl et l'hymne des Stones Sympathy for the Devil. C'est énergique, varié et convaincant.