C'est le deuxième album de Wilco. Il suit A.M.. Jeff Tweedy et son fidèle bassiste John Stiratt ont également sévi dans le groupe culte Uncle Tupelo.
Ce sont donc déjà des musiciens professionnels aguerris.
Mais c'est vraiment à ce moment là que Jeff Tweedy passe à la vitesse supérieure. Wilco groupe alternatif brillant parmi tant d'autres devient soudain un des plus grands espoirs du rock américain.
Déjà, l'album est double! ce qui est assez rare et ambitieux de la part d'un groupe pas encore installé commercialement - voire English Settlement d'XTC, Zen Arcade d'Husker Du, Daydream Nation de Sonic Youth ... -.
Les deux CDs débutent de manière assez similaire avec une ballade assez longue ponctuée de longues envolées bruitistes. Pour tout dire, ces deux morceaux me semblent construits sur le modèle de "A Day in a Life" de qui vous savez, mais version grunge. Autant dire que la surprise est totale. Adieu Americana et rock calibré. Wilco pénètre pour la première fois sur les terres abruptes sauvages de la dissonance pas loin de Sonic Youth, de Yo La Tengo, de SparkleHorse. A la fin de "misunderstood", Jeff hurle Nothing,... ad libitum. Sur scène, cette fin deviendra un long moment de tension brute "nothing, nothing, nothing....".
"Sunken Treasure" est encore plus belle, plus désespérée. Une rencontre improbable entre Johnny Cash et le Velvet Underground. Pas commun à l'époque.
Ce qui suit sur les deux CD est d'un registre plus classique mais est toujours de très haute volée avec toujours ce sentiment d'un disque de grands espaces, album ouvert, comme l'album Blanc de qui vous savez !
Les tempos lents dominent. Ambiance laid back country folk, banjo, violons, guitares acoustiques, orgue vintage, pedal steel. On pourrait s'ennuyer ou fuir mais les mélodies sont superbes, les morceaux surprennent par leur constructions et leur mises en son. Les idées fusent. Tout semble brouillon, barbouillé alors que rien n'est gratuit. Citons "red eyed and blue" - elle était pas sur Imagine de qui vous savez , celle là ? - , l'excellent "I got you" , puis l'émouvant "what's the world got in store " qui contient l'une des plus belles mélodies écrites par jeff Tweedy avec des arrangements d'orgue et de banjo d'une très grande subtilité. Un des sommets du disque. Suit le plus enlevé "hotel arizona".
Sur le second disque: "Some One else song "qu'on croirait sussurer par Townes van Zandt ou Johnny Cash avec un lick de guitare folk qui sonne d'entrée comme un classique, "Kingpin" qui louche vers la soul, un vrai régal, on le retrouve sur DVD "Ashes..." dans une version très interractive,"why you wanna live" et surtout "the lonely 1" que Jeff vient nous chuchoter tout près du coeur, une ballade lunaire elluminée de cordes et de pedal steel du plus bel effet.
Jeff Tweedy reprend ce morceau dans une version plus trash sur la B.O. de Chelsea Walls, et Ho Bonheur, le groupe a fini son concert à san Sebastian en 2011 avec ce morceau!
Tout cela suffirait a nous emporter au paradis pas loin du Band, de Manassas, de Neil Young, de Big Star.
Seulement voilà, il y a en plus sur le premier CD un enchaînement de deux rocks absolument prodigieux, un truc entre les Stones d'Exile et les Faces.
"Monday" son riff stonien , ses cuivres stoniens, son chant stonien. tout ce que les stones ne savent plus faire.
Derrière , c'est encore plus fort "Outtaside", Jeff Tweedy nous rappelle le meilleur des Replacements avec encore un riff d'une pèche extraordinaire et un break ascendant vers le septième ciel.
Voila, c'est fait, Wilco est entré dans la cour des grands. Et il va s'y installer pour longtemps dans un registre finalement assez proche dans sa diversité de qui vous savez...
Plus important, Wilco devient "My favourite band" - heu, enfin je veux dire "mon groupe préféré" -, détrônant les Replacements et XTC pourtant bien installés au fond de mes esgourdes.