C'est en 1934 que Walt Disney, contre l'avis de tous (y compris de son frère Roy), décida de se lancer dans l'aventure du dessin animé de long-métrage : jusqu'à ce moment-là, personne n'avait osé imaginer qu'un dessin animé puisse être autre chose qu'un court-métrage proposé en complément de programme. Produit en Technicolor entre 1935 et 1937, 'Blanche-Neige' sortit aux Etats-Unis en Décembre 1937 et obtint une 'standing ovation' lors de sa première. 'Film' le plus rentable de 1938 (seul 'Autant en emporte le vent' fera mieux en 1939), cette adaptation du célèbre conte des frères allemands Grimm (qui fut, soit dit en passant, le 'film' préféré de Hitler -sic-) permit à Walt Disney de faire ensuite construire ses fameux studios de Burbank, qui ouvrirent en décembre 1939 et dans lesquels fut élaboré le dessin animé de long-métrage suivant des studios, en l'occurrence 'Pinocchio'. Malheureusement, 'Pinocchio', sorti en 1940 et donc en pleine seconde guerre mondiale -ce qui explique le fait qu'il n'ait pu être projeté en France qu'en 1946-, ne fut pas une mine d'or -en bois-. 1.200 collaborateurs avaient travaillé pendant 2 ans à produire les 450.000 dessins à partir desquels furent montées les 87mn de ce nouveau futur classique Disney qui coûta le double de ce qu'avait nécessité 'Blanche-Neige', pourtant déjà très cher pour l'époque ($1.500.000 d'alors). La sortie, la même année, de 'Fantasia', qui avait été produit parallèlement à 'Pinocchio', ne fit qu'enfoncer le clou : d'avant-garde, 'Fantasia' ne trouva pas son public. Du coup, il s'est agi pour Disney de produire rapidement et à moindre coût d'autres projets destinés à compenser le manque à gagner subi avec 'Pinocchio' et 'Fantasia'. Sortirent donc coup sur coup, 'Le dragon récalcitrant', un documentaire en prises de vues réelles permettant de découvrir les studios Disney et leurs collaborateurs et qui inclut plusieurs courts-métrages animés (le tout pour seulement $600.000), et, fin 1941, 'Dumbo', très court (une petite heure et qui n'a coûté que $800.000) et dont l'animation est nettement moins élaborée que celle de 'Blanche-neige' ou de 'Pinocchio'. En 1942, grâce à l'argent rapporté par ces productions mineures, sortit 'Bambi', adapté d'un livre pour enfants de l'autrichien Felix Salten paru en 1933, 'Bambi' (de l'italien bambino), qui raconte l'histoire touchante d'un faon, de sa naissance jusqu'à ce qu'il remplace son père à la tête du troupeau ; un dessin animé de long-métrage (70mn) sur lequel le studio travaillait depuis 1937 et qui aurait dû devenir le second de la longue liste de ceux-ci après 'Blanche-Neige'. Il faudra ensuite attendre 8 ans pour que Walt Disney ait à nouveau les moyens financiers et matériels pour que sorte le dessin animé de long-métrage suivant des studios, en l'occurrence 'Cendrillon', dont l'immense succès international relança la production à la chaîne, et donc depuis jamais interrompue, des splendides dessins animés de long-métrage Disney.
En 1955 sortit 'La belle et le clochard', réalisé par Clyde Geronimi, Wilfred Jackson et Hamilton Luske, secondés par 7 scénaristes, d'après une histoire -non encore publiée alors- du journalise américain Ward Greene. Tourné pour la toute première fois en CinémaScope et stéréo, et distribué également pour la toute première fois par Disney lui-même (via 'Buena Vista' qui prenait ainsi la succession de la 'RKO'), 'The Lady and the tramp' a coûté $4.000.000 et, après les échecs financiers d''Alice' et de 'Peter Pan', remit, grâce à son succès, le studio en selle.
1° dessin animé de long-métrage à mettre le meilleur ami de l'homme en vedette, 'La belle et le clochard' raconte l'histoire de Lady, la ravissante chienne cocker spaniel de Jim Chéri et de Darling, qui vivent dans une ravissante petite ville de la Nouvelle-Angleterre, que ses maîtres adorent ou du moins adoraient jusqu'à ce que leur premier enfant prenne le dessus dans leur cœur sur leur chienne. Entouré de, et protégée par eux, Jock, un grincheux terrier écossais, et César, un vieux chien de chasse, Lady, chassée de chez elle, à la suite d'une méprise, découvre la liberté et ses dangers aux côtés du chien errant Clochard...
Cette indémodable histoire d'amour (qui connaîtra d'ailleurs une suite, comme toutes les véritables histoires d'amour) de deux chiens qui font pâtes communes n'a pas pris une ride : la craquante jeune fille de bonne famille qui cède aux avances de l'aventurier hardi qui finit par se laisser passer la corde au cou est du Disney pur sucre. Et si vous aimez les pâtisseries concoctées à l'initiative du vieil oncle Walt, vous vous régalerez évidemment avec cette douceur qui a le parfum des dessins de Norman Rockwell !
A noter : 'La belle et le clochard' a été doublé à 3 reprises en France, en l'occurrence en 1955, en 1989 et en 1997 ; que les plus âgés ne s'étonnent donc pas que de ne pas réussir à reconnaître les voix françaises d'antan...