Adapté d'un roman de Joseph Kessel, de l'Académie française, paru en 1928 ( ! ) et qui fit bien sûr scandale, cette réalisation de Luis Buñuel (avec la collaboration de Jean-Claude Carrière) qui fit scandale à son tour, bien que sortie en 1967, est présentée par 'Studio Canal' dans une version en couleurs (Eastmancolor) et 35mm entièrement restaurée (image et son).
L'histoire est connue : Catherine Deneuve (24 ans à ce moment-là), jeune et belle bourgeoise très bcbg, habillée pour la première fois par Yves Saint-Laurent (dont elle devint à partir de là le 'porte-bonheur' -une association qui fait évidemment penser à celle qui a uni Audrey Hepburn et Hubert de Givenchy-), mais surtout froide et mystérieuse, est la proie de ses fantasmes. Mariée à un médecin, Jean Sorel (Jean de Combaud de Roquebrune de son vrai nom, aussi beau qu'Alain Delon), elle est très amoureuse de son époux, mais totalement coincée au lit (d'ailleurs les deux tourtereaux, bien qu'ils dorment dans la même chambre, font ' lits séparés'). Hantée par de courts souvenirs de son passé (a-t-elle été violée enfant ?), perturbée par des rêves hautement masochistes, elle finit par se rendre dans une maison de rendez-vous tenue par la racée Geneviève Page secondée par l'étrange Muni (et avec aussi la magnifique Françoise Fabian dans le rôle de l'une des prostitués de cette maison), afin de s'y offrir à d'autres hommes (Francis « mes hommages de trois heures moins le quart » Blanche, François Maistre et Georges Marchal notamment) et ainsi se libérer de ses obsessions. Malheureusement pour elle, l'un de ses clients, l'intense Pierre Clémenti, va avoir une certaine incidence sur sa vie...
Avec aussi Michel Piccoli (riche, oisif et ambigüe) en marionnettiste, Macha Méril, Franscico Rabal, Bernard Musson et Marc Eyraud.
Menée à la baguette, la masochiste Catherine Deneuve, belle, mais pas vraiment 'incandescente', et qui, malgré le sujet à priori scabreux du film, ne montre pas vraiment grand-chose de son anatomie (tout juste la voit-on déambuler dans le château de Georges Marchal nue de dos sous un voile noir transparent), est parfaite dans son rôle, mais n'a guère dû faire 'frémir' que ceux qui, comme Alfred Hitchcock de son vivant, vibrent pour les beautés 'froides' dont la sexualité justement est toute intériorisée.
Ce qui reste intéressant dans le film, c'est l'illustration de fantasmes féminins reposant sur des témoignages de femmes recueillis par Buñuel et Carrière pendant la phase préparatoire du film. On peut d'ailleurs en voir un pendant contemporain plus 'décomplexé' dans la 2° saison du feuilleton télévisé 'Hard'.
Extrêmement académique malgré son immense succès international -mais c'était il y a longtemps...- (la 'morale' de ce film d'hommes étant que finalement, le mieux, pour une femme 'coincée' sur le plan sexuel, c'est de s'ouvrir à 'de nouveaux horizons' afin de mieux pouvoir 'aimer' son mari dans tous les sens du terme ; sauf que, justement, le 'coup' peut aussi partir en arrière), ce film connut d'ailleurs une suite récente (en 2007) réalisée par le Portugais Manoel de Oliveira sous le titre de 'Belle toujours' dans lequel Michel Piccoli retrouve toutes ces années après 'sa' 'Belle de jour' jouée toutefois par Bulle Ogier cette fois-ci.
Il existe également une version pornographique de ce film réalisée par Michel Ricaud en 1987, 'Belle d'amour', qui reprend tel quel l'original de Buñuel.
Et pour ceux qui aimeraient pouvoir voir cette histoire illustrée de manière moins académique, sans verser pour autant dans la pornographie, il existe également un film du journaliste François Jouffa, en l'occurrence 'La Bonzesse' avec Sylvie Meyer-Matton datant de 1974, qui pourrait tout à fait les satisfaire.
A noter : 'Belle de jour' est aussi le pseudonyme de l'héroïne du 'Journal intime d'une call-girl', le feuilleton télévisé britannique qu'interprète principalement Billie Piper (3 saisons déjà)
Bonus: un documentaire (en fait une suite d'interviews, dont une surtout de Jean-Claude Carrière) sur le tournage du film (30mn)