Cet album risque d'en dérouter plus d'un, pour le moins. Deux approches possibles pour cette oeuvre mineure d'un artiste majeur : se réfèrer à son Lou Reed de base (Velvet, Transformer) et ne ressentir que déception, ou accepter l'avancée d'un musicien en des contrées nouvelles et se laisser séduire par l'audace dont il fait preuve tout au long des plages de ce disque étonnant. Inexorablement, la démarche est inégale. Et le bon de côtoyer le moins bon (voire le mauvais !).
Côté réussites, le funk rock perverti de I WANT TO BOOGIE WITH YOU et de CITY LIGHTS se pose là. Deux morceaux au son surprenant, oppressant, co-écrits avec Michael Fonfara pour le premier et Nils Lofgren, collaborateur inattendu, sur le deuxième. DISCO MYSTIC (écrit en groupe) les talonne de près avec son tapis disco-jazz déroulé sous la voix plus talk over que jamais d'un Lou Reed qui semble postuler pour la place de Bobby Farrell au sein de Boney M.!
THE BELLS est sans conteste le plat de résistance et la pièce maîtresse de cet album qui porte le même nom. 9 minutes 18 d'ambient jazzifié par les cuivres de Don Cherry et Marty Fogel, propulsant l'auditeur dans un au-delà qu'il est difficile de définir comme étant l'enfer ou le paradis. Superbe, envoûtant et neuf, une immense réussite qui justifie à elle seule l'achat du disque.
Côté foireux, FAMILIES, LOOKING FOR LOVE ou WITH YOU ne peuvent (au mieux) que laisser indifférent et que dire de l'infâme STUPID MAN, maladroitement placé en pole position du disque, dont le chant insupportable de son auteur a dû refouler bien des auditeurs qui avaient tenté l'écoute chez leur disquaire (nous sommes encore à l'époque du vinyl) et dont le seul potentiel est celui de conduire au renoncement de poursuivre avec les plages suivantes ! En soi, un exploit...
Bref, un Lou Reed surprenant, peu attachant et inégal, mais dont les mérites défricheurs peuvent être réévalués avec un recul de 30 ans qui n'a fait que lui servir. Grandiose son également.