"Pourquoi changer une équipe qui gagne ?" L'adage n'est sans doute pas si évident pour Truffaz, adepte du risque. "The Dawn" avait convaincu le public et la critique sur un petit album d'une demi heure. Un an plus tard, en 1999, le même quartet, (sans oublier Nya), ressort un opus du même accabit. Mais "Bending New Corners", avec 10 titres et une demi heure de plus que "The Dawn", c'est la confirmation, ou plutôt la consécration qu'avait besoin Truffaz pour se faire un nom. Il apparaît alors aux yeux de la critique comme celui qui a su adapter le jazz au 21ème siècle. Sans passer par l'éléctro, donc sans froisser les puristes, Truffaz garde les instruments du groupe de jazz conventionnel, mais les utilise différemment. Cette prouesse lui vaut alors d'être décrit comme l'héritier du grand Miles Davis. Flatteur...
La recette est donc la même que sur le précédent "The Dawn". Un album où le jazz intègre des rythmiques drum-bass et le rap poétique et cool de Nya. La batterie se mue parfois en une machine roulant du drum&bass hypnotique, les lignes de basses sont toujours aussi originales, le fender rhodes hallucinant. Bref, le quartet est toujours aussi fusionnel, l'ambiance toujours urbaine et nocturne, mais parfois aussi plus mystique, plus étrange. Truffaz nous surprend à faire couiner sa trompette, la contrebasse se fait parfois bizarrement furtive et peureuse. Une drôle d'ambiance de film d'horreur qui cohabite avec un jazz en forme de berceuse terriblement efficace dès la première écoute sur "Siegfried". Là, la contrebasse entame la rengaine, sur deux trois notes très simples, le piano, sur deux trois notes très simples lui aussi, la suit de près. La batterie, se pose, assez lourdement, à la manière d'une entame d'éléctro-jazz feutré et classieux, puis, Nya dialogue avec la trompette de Truffaz dans un classique couplet/refrain. Puis, la trompette dialogue avec le piano. Tout est simple mais si efficace ! A ne pas manquer. Autre morceau phare de l'album, "Friendly Fire". Un jazz juteux et vitaminé où trompette et piano se répondent brièvement mais avec entrain, Nya se chargeant des couplets.. Ou encore, "Bending New Corners" où le quartet passe du drum&bass au hip hop, enprunte le chemin du funk, monte en puissance, se calme, s'accélère. Un régal.......
Un troisième album, deuxième album de la véritable révélation Truffaz, à ne pas manquer donc. Et à écouter, plus qu'à entendre, tant chaque chanson est un régal de jeu d'instruments méticuleusement monté........