Bien sûr, on n'a jamais confondu Lou Reed avec la Compagnie Créole. Que le new yorkais est plus porté sur le désespoir, la rue, la poudre, le sexe hard et le nihilisme est de notoriété publique. Et tout ça est vrai. Mais ça n'a jamais été aussi frappant que sur Berlin. Avec l'aide de Bob Ezrin et d'une bande de requins de studios, Lou Reed nous raconte l'amour tragique de deux amants damnés. Un petit résumé? Ca démarre par des souvenirs amères de Jim se rememorant un moment heureux avec Caroline (Berlin, piano-bar d'une tristesse abyssale). Puis la déscription de Caroline en femme discrète qui explose lorsqu'elle se met à chanter (Lady Day, une orgue biblique). Après un constat d'une indiffèrence glacée sur les opposés sociaux (Men Of Good Fortune, accords de guitares tantôt aériens, puis secs et froids), Jim se fait humilié par Caroline, mais reste profondement amoureux (Caroline Says p.I, rythme sautillant et gai) puis subit une déprime oppiacée sevère (How Do You Think It Feels, rythme lent et nonchalant, basse omniprésente). C'est alors que Caroline couvre Jim de sarcasmes une fois de trop (Oh Jim, à la limite du funk-rock). Puis une scène poignante : Caroline est psychologiquement vidée par les raclées de Jim, qui ne se gène pas pour la battre (Caroline Says pII, arpèges de guitare boulversantes). Les choses s'assombrissent encore plus lorsque les services sociaux retirent la garde de ses enfants à Caroline, alors que Jim s'en réjouis plutôt (The Kids, guitare et basse parfaites, puis les cris déchirants des gosses). Caroline ne supportais plus le choc, elle s'est taillé les veines mais Jim ne semble pas boulversé pas sa mort (The Bed, guitare hanté, un des plus beaux morceaux du disque). Tout cela se termine par un constat chocant de froideur et d'amèrtume de Jim (Sad Song, orchestration somptueuse). Et voilà. Lou Reed avait déjà composé des chansons désésperantes dans le passé et en composerais d'autres dans le future. Mais Berlin restera pour toujours son oeuvre la plus amère, déprimante et désenchantée. Surtout, c'est encore en 2003 son disque le plus beau, poignant et accompli.