Tourneur confirme son talent de cinéaste dans Berlin Express (1949). Juste après la deuxième guerre mondiale, à Paris, des gamins découvrent un mystérieux message véhiculé par un pigeon voyageur. Le spectateur en perçoit progressivement la signfication. Différents voyageurs prennent place dans un train de nuit américain Gare de l'Est en partance pour l'Allemagne: un professeur allemand pacifiste qui milite pour l'unification de l'Allemagne divisée et le rapprochement des peuples, le Dr Bernhardt, son assistante française, un commerçant français, un agronome américain, un anglais et un officier russe. Une organisation secrète a pour objectif d'assassiner le professeur ou de l'enlever pour faire échouer son plan. De Paris à Francfort, ravagé par les bombardements, en dépit de leurs différences, les protagonistes vont essayer de retrouver le professeur enlevé par l'organisation secrète.
C'est une oeuvre étrange, envoutante que nous livre Tourneur. Le film développe deux messages apparemment totalement contradictoires. L'intrigue est fondée sur une succession de double jeux: une française qui se fait passer tour à tour pour russe, allemande ou française pour écarter des hommes trop entreprenants, un faux professeur, un faux ami, un faux clown, un faux GI et un vrai traître au sein d'un groupe d'hommes de bonne volonté à la recherche du professeur, tous amenés à dépasser leurs rivalités nationales dans un but supérieur, allant jusqu'à la description d'un officier soviétique positif dans un film américain. Un peu comme si Tourneur nous disait qu'il faut ne se fier à rien mais toujours avoir foi en l'avenir. A propos d'unification, l'avenir lui a un peu donné raison.