Il y a quelques lustres, je découvrais ce qu'on appelle improprement la "musique classique". Puis, ce fut Berlioz, le choc. Pendant longtemps, je désespérais de pouvoir écouter les Troyens en version intégrale et puis, Colin Davis vint. Irruption du rêve dans ma réalité. Depuis, le monde est plus vrai.
Il est certain que Gardiner en DVD ou Davis lui même trente ans plus tard, ont apporté une vision souvent plus précise, plus exhaustive, plus musicologique, mais jamais l'intensité, la force et l'émotion de cette version n'a été dépassées. Jon Vickers peut agacer (son timbre nasal en irrite plus d'un) mais personne n'a jamais égalé son entrée "du peuple et des soldats..."; on en sort groggy, victime d'un des uppercuts musicaux les plus incroyables. Veasey et Lindholm sont au mieux (approchés seulement par Antonacci chez Gardiner). Quelques voix sont plus douteuses (français maladroit, intonations fluctuantes) mais la direction de Davis sait les emporter loin des critiques tant son geste est fervent, précis et fort. Conscient sans doute de produire là la version de découverte de ce chef d'oeuvre jusqu'alors à peine suggéré au mélomane (Kubelik passionnant mais en anglais; Beecham incomplet...). Le double octuor "châtiment effroyable", glaçant le sang, l'apparition d'Hector, la chasse royale, l'immolation de Didon, tout cela vit incroyablement, l'audace Berliozienne (jamais encore égalée) prend sa dimension réelle : L' inouï toujours, le "jamais entendu".
On se croit parfois au théâtre tant l'engagement de tous est grand, que dire encore, rien... Prenez votre après-midi, installez-vous dans votre canapé, devant un système hi-fi un peu sérieux (de grâce, pas de ciné-maison ni d'ampli pachydermique 2X300W) et écoutez... Attendez-vous à tout et vous serez encore surpris...