Magnifiques réenregistrements par Elmer Bernstein à la tête du Royal Philharmonic Orchestra, qui couvrent l'ensemble de la carrière du grand Bernard Herrmann au cinéma, depuis sa première contribution pour "Citizen Kane" d'Orson Welles, en passant bien évidemment par la brillante période Hitchcock, jusqu'à "Taxi driver" de Martin Scorcese, que le musicien acheva lui-même d'enregistrer quelques heures avant sa mort.
Et c'est bien plus que du remplissage musical qu'il nous est donné d'entendre ici, car Bernard Herrmann possède la stature d'un compositeur à part entière : il suffit d'écouter les premières mesures de "Citizen Kane" pour s'en convaincre.
En effet, sa musique ne se contente pas de souligner les images, de les commenter, mais elle en constitue un véritable complément indispensable sans lequel ces mêmes images perdraient leur propre pouvoir visuel : par exemple, impossible d'imaginer la scène de la douche de "Psychose" sans la musique d'Herrmann, tant l'image et la musique ne font qu'un, jusqu'à la fusion la plus parfaite, dont l'effet n'en est que plus puissamment terrifiant.
En revanche, cette même musique peut très bien s'écouter sans les images, étant donné que sa qualité artistique intrinsèque fait qu'elle se suffit à elle-même.
Ainsi, le prélude de "La mort aux trousses"(North by northwest) est un véritable petit chef-d'œuvre d'orchestration virtuose, qui illustre la parfaite maîtrise de l'écriture symphonique d'Herrmann. En trois minutes seulement, nous voici plongés dans l'angoisse du film par un monstrueux fandango joyeusement grinçant, qui exprime, avec une luxuriance orchestrale d'une grande densité, tout le non sens de l'intrigue.
"Sueurs froides" (Vertigo) et "La mariée était en noir" constituent de merveilleuses réussites narratives et psychodramatiques, sans jamais tomber dans le sentimentalisme facile et outrancier : Herrmann sublime le romantisme jusqu'à l'incandescence, mais sait s'arrêter juste à point, là où d'autres sombreraient dans la vulgarité la plus crasse.
A l'extrémité de sa carrière et de sa vie, "Taxi driver" offre à Herrmann l'occasion de son testament musical : son style s'est simplifié jusqu'à un classicisme épuré, pour atteindre une expressivité sans détour, d'autant plus efficace et inoubliable...