Avec "Bertignac 96", c'est un Louis fraîchement quadragénaire et en pleine possession de ses moyens qui revient sur nos platines, trois ans après "Elle et Louis", qui nous avait un peu laissés sur notre faim. Ici, dès le tonitruant morceau d'ouverture "Pas cassé", on a l'impression que Bertignac se lâche et assume enfin l'héritage des Stones avec, pour une fois, des efforts de production. L'album, enregistré aux Etats-Unis par Chris Kimsey (collaborateur de la bande à Jagger), sonne très blues-rock et contient une poignée de titres mémorables, bien escortés par quelques chansons mineures qui ne dénaturent jamais un ensemble cohérent. Quelques ballades apportent à cet album ses lettres de noblesses: "Maguy t'arrache pas" (portrait d'une victime de la mode, petite soeur de Cendrillon), "Telle est ma vie" (émouvant bilan à mi-parcours d'une existence tempétueuse), et "Le vent viendra" (l'une des meilleures chansons de l'ex-guitariste de Téléphone en solo). Côté rock, les mots écrits par Roda-Gil (collaboration inattendue) claquent à merveille ("Graffiti", "Sniper", "Tu brilles dans le noir").
Pour l'auteur de ces lignes, le mystère demeure entier: pourquoi tant de mépris pour cet album? (Louis l'a très vite renié). Pourquoi est-il resté si longtemps introuvable? (jusqu'à Amazon, Dieu soit loué). Pourquoi est-il tombé aussi rapidement dans l'oubli?
Il est donc temps de le réhabiliter et de conseiller aux fans de Téléphone d'y jeter une oreille neuve et attentive. C'est un bon disque de rock français qui vous surprendra agréablement.