Les personnages merveilleux des fables de notre enfance, des contes de Perrault et d'Andersen à ceux des frères Grimm, en passant par les figures les plus diverses des mythologies ancestrales, sont vivants et habitent New York ! Ils vivent tous dans le même quartier et passent inaperçus aux yeux des communs. Ils pratiquent divers métiers et, lorsqu'ils sont trop voyants (du genre animal parlant ou lutin cornu), sont envoyés à la "Ferme", une campagne cachée au nord de l'état...
En vérité, ils ont fui leur monde d'origine après qu'un démon incarnant le mal absolu, surnommé "l'Adversaire", ait déchaîné ses hordes de dragons et de gobelins afin de prendre le pouvoir.
La communauté des "fables" doit donc s'adapter à la vie new-yorkaise, avec tout ce que cela comporte d'avantages et d'inconvénients...
Depuis 2003, la maison d'éditions DC comics, via leur label pour adultes Vertigo, publie cette série régulière sans interruption, qui jouit donc d'un beau succès. La série est une création du scénariste et écrivain Bill Willingham. Le dessinateur Ian Medina œuvre sur ce premier tome, mais il sera remplacé ensuite par Mark Buckingham, lui même relayé par d'autres artistes sur certains épisodes. Toutes les couvertures sont l'œuvre de l'illustrateur
James Jean, merveilleux créateur pictural, en passe de devenir le premier dans sa catégorie à concilier les publics du monde naïf de l'illustration avec leurs ennemis condescendants de l'art contemporain !
Pour une bonne introduction au monde de "Fables", il est conseillé de se procurer le graphic novel "
Fables : 1001 Nuits de Neige".
La série dans son ensemble, toujours en cours de publication, est une jolie réussite, à la fois rafraichissante et postmoderne. Elle est toutefois moins originale que ce qu'on voudrait nous faire croire, dans le sens où le concept de base, à savoir le fait que le monde magique vit caché sous nos yeux, est d'abord l'apanage de
Harry Potter, le célèbre cycle de romans de J.K. Rowling. La comparaison est d'ailleurs rarement évoquée, alors qu'elle est flagrante ! De plus, la mythologie développée par la romancière britannique est d'une telle richesse que Willingham fait presque figure d'artisan laborieux en comparaison !
Maintenant, si l'on accepte de passer outre cette analogie, "Fables" demeure tout de même une des séries les plus riches et les plus jouissives du moment. L'auteur s'attache autant à la psychologie des divers personnages (faussement superficielle au départ) qu'à l'humour généré par les divers anachronismes de la vie de ce monde magique et ancestral au cœur de New-York. Un humour à double facette, qui fonctionne à la fois sur le contraste entre le merveilleux et le prosaïque et sur la modernisation des archétypes, avec toute la dimension grivoise que cela suppose ! Bonjour les allusions salaces et les clins d'œil coquins !
Le second degré constant est par contre le principal défaut de l'ensemble, je trouve, qui désamorce systématiquement la moindre situation émotionnelle. On a ainsi du mal à prendre au sérieux toute amorce dramatique. De la même manière, la caractérisation des forces à l'œuvre, qui sont proprement les fondations de cette mythologie, sont traitées avec trop de nonchalance. "L'Adversaire" n'est par exemple jamais autre chose qu'une vague menace abstraite, finalement bien factice.
La principale qualité de l'ensemble est sa durée. En effet, le lecteur ne devrait pas s'arrêter aux premiers épisodes s'il lui venait à l'idée que la toile de fond est trop superficielle, car elle s'enrichit rapidement au fur et à mesure que la série avance. Par la suite, le scénariste va creuser cette toile de fond en long, en large et en travers, enrichissant peu à peu cet univers et développant ses origines.
Bienvenue, donc, dans le monde des "Fables", où la formule "Il était une fois" fait partie de l'ordinaire...