Un album de rap, le premier d’un nouvel artiste, qui débute à la première place du Billboard aux Etats-Unis, en pleine ère de crise aiguë du concept même de « disque » ne pouvait qu’éveiller une légitime interrogation. À la moitié de 2010, c’était donc possible !
Bobby Ray Simmons, aka B.o.B, à 21 ans, avait déjà eu les honneurs des couvertures de
XXL et
Vibe, les deux magazines majeurs de la culture urbaine, en quelques mois, à la suite du succès immédiat de son hit « Nothin’ On You », un rap fortement mâtiné de R&B, en duo avec Bruno Mars, et qui déclencha une vague irrépressible d’intérêt sur les sites de vidéos partagées. Rapidement repéré par T.I., le rappeur d’Atlanta, qui le signe sur son label, le jeune prodige ne tarde pas à livrer un album qui fait l’air du temps. L’air du temps, selon sa définition, c’est l’ouverture. Sur cet album aux sonorités variées, on croise en effet des invités surprenant, comme Hayley Willams, la blonde chanteuse du groupe metal Paramore, qui muscle « Airplanes » d’un refrain à forts relents de Rihanna. Ou bien le légendaire Rivers Cuomo, leader de Weezer, qui partage « Magic » avec le jeune rappeur-chanteur-producteur.
Le mariage entre rock et rap est donc consommé, ce qui n’éloigne pas les combinaisons habituelles, qui sont ici de choix puisque le débutant accueille Eminem, en featuring et à la production de « Airplanes Part II », la soul singer Janelle Monàe (« The Kids », qui repose sur une relecture maligne de Vampire Week-end) et les cadors de rigueur T.I. ou Lupe Fiasco. L’ère de l’autotune révolue, B.o.B. semble avoir trouvé la voie pour à nouveau injecter du rap dans les charts, et cette voie passe par une certaine propension à la dissimulation. L’homme a du flow, certes, mais il le déguise au maximum, convoquant force refrain emo-pop, des guitares parfois envahissantes, cette sorte d’emphase un peu pesante à la Coldplay ou U2. Tout cela pour créer une entité nouvelle, comme cet embarrassant « Ghost In The Machine », lourdaud et pompier.
Mais il surnage dans ce programme ambitieux de vraies perles, comme le titre avec Eminem, où le revigoré ex-merveille et sauveur du rap des années 2000 fait preuve d’une saine vigueur. The Adventures of Bobby Ray sont donc un melting pot en forme de melting pop, un creuset où s’élabore une nouvelle couleur musicale qui brise les catégories établies, passe du hip-hop au rock alternatif (dans sa définition forcément américaine) avec une puissance de séduction, sinon de profondeur, palpable.
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