Ce commentaire révisé et remis en ligne le 3 juin 2013 est ici considéré comme écrit le 27 juin 2012, ce qui me conduit à vous dire en préambule, chers amis amazonautes, qu'il y a bientôt un an, j'avais voulu attirer votre attention sur le défaut rédhibitoire qui affectait ce coffret "vendu par Amazon" et non pas "expédié par Amazon" (la distinction n'est pas superflue), défaut qui interdisait une vision intégrale de l'un des quatre films qu'il contient, "The letter", l'expérience ayant démontré que ce défaut ne viciait pas un exemplaire isolé mais tout le stock de la maison mère (stock que je n'ai cependant pas épuisé avant de me résigner à attendre des jours meilleurs !).
Mon propos était alors de vous éviter un achat inutile et plus encore frustrant car il n'existait pas d'offres alternatives.
Je reviens vers vous aujourd'hui car les mérites de la patience se sont produits... j'ai pu retrouver récemment ce coffret chez un revendeur (parmi d'autres, les offres intéressantes ne manquent pas ces jours-ci) et j'ai le plaisir de vous dire que le coffret reçu n'est ni inutile ni frustrant : point de blocage fatal à l'instant fatidique dans ce film époustouflant de William Wyler...
Alors me prend l'envie de vous parler plus amplement de ces quatre films magnifiques qui donnent à admirer quatre visages d'une actrice incomparable.
Oui, Bette Davis pouvait tout jouer, sur tous les registres de l'humanité, les sombres et les clairs, les granitiques et les friables, les acérés et les doux, les tranchants et les arrondis, avec une palette impressionnante de couleurs et de nuances.
Chacune de ses incarnations est saisissante de véracité et de subtilité, elle est tout simplement incroyable, capable de nous exaspérer autant que de nous bouleverser, de nous impressionner aussi, avec sa manière surdouée de jouer de son physique étrange, ni beau ni laid mais étrange, pour communiquer d'un regard, d'une intonation, d'un geste, d'un mouvement, tous les sentiments et toutes les émotions que nous pouvons éprouver en nous mettant à sa place, comme si nous étions le personnage auquel elle donne vie et chair.
Si ces quatre films sont destinés à faire le bonheur de toute la famille cinéphile à laquelle j'appartiens - celle qui glorifie le cinéma américain en noir et blanc qui entrera dans ce que l'on a appelé et appelle encore "l'âge d'or" hollywoodien -, ils peuvent aussi à mon sens toucher un bien plus large public, pourvu qu'une curiosité décomplexée s'en mêle.
Parce que toutes les qualités inusables et intemporelles de ce cinéma sont présentes ici.
D'abord un bon sujet, une bonne histoire et des caractères bien dessinés qui se prêtent parfaitement au récit cinématographique.
Ensuite une réalisation et une mise en scène talentueuses voire magistrales (ah, William Wyler...).
Auxquelles s'ajoute la qualité du script, des dialogues, de la photographie et de la musique : quand rien n'était négligé dans la facture d'un film destiné à plaire au plus grand nombre de spectateurs de manière "loyale et marchande", avec de la "belle ouvrage", tout simplement.
Enfin les acteurs.
Tous qui, autour de la fascinante Bette Davis, tiennent admirablement leur place.
Mais d'abord Bette Davis.
Bette Davis en Judith, enfant gâtée virevoltant dans une vie nantie et insouciante, gentille et généreuse mais habituée à ce que rien ni personne ne lui résiste jusqu'à ce qu'elle doive livrer un combat singulier contre celle à qui rien ni personne ne résiste quand le "pronostic est désespéré" : la maladie ("Dark victory" de Edmund Goulding, 1939).
Bette Davis en Leslie, femme entière et ardente dont la vie d'épouse aimée, choyée et apparemment comblée bascule dans la tragédie parce que la passion incandescente qu'elle éprouve pour un autre homme la submerge et l'engouffre ("The letter" de William Wyler, 1940).
Bette Davis en Charlotte, vieille fille réduite au statut de chenille hideuse par une mère monstrueusement abusive, qui se transforme en papillon doté d'ailes soyeuses et brillantes mais épinglé sur la toile de l'abnégation pour prix de sa métamorphose ("Now, Voyager" de Irving Rapper, 1942).
Bette Davis en Fanny, jeune fille au charme fou couverte de soupirants, plus écervelée que cruelle, au bon cœur mais coquette, frivole et égocentrique, qui bafoue le seul amour vrai qui lui soit porté par l'homme qu'elle a épousé sans en être amoureuse, avant que la punition de la beauté disparue et de la solitude mortifère ne lui ouvre le chemin de la prise de conscience et de la compassion, comme une rédemption ("Mr. Skeffington" de Vincent Sherman, 1944).
Quatre films magnifiques, assurément.
Palpitants, captivants, poignants.
Je n'ai pas honte de dire que la scène finale de "Mr. Skeffington", qui est peut-être mon préféré dans ce quatuor mélodramatique de haute volée, m'arrache des larmes.
À côté de Bette Davis, quelques noms glorieux : Claude Rains, formidable "Mr. Skeffington" dans le rôle titre, et excellent "Docteur Jacquith" dans "Now, Voyager", Paul Henreid (qui incarna l'époux résistant d'Ingrid Bergman dans "Casablanca"), parfait dans le rôle de Jeremiah Duvaux Durrance, alias Jerry, le père d'une "enfant chenille" que Charlotte-Bette transformera en papillon par amour pour lui, etc.
Ajoutons pour faire bon poids Humphrey Bogart en palefrenier insolent mais viril et Ronald Reagan en benêt "made in USA" noyant sa niaiserie dans les cocktails qu'il ne cesse de "fixer", tous deux amoureux transis de Judith mais beaux perdants quand elle leur préfère son chirurgien traitant, et le tour est joué...
"Femme aimée est toujours jolie" : ce titre français de "Mr. Skeffington" pourrait bien résumer ces quatre films que je vous recommande chaleureusement : Bette Davis y est jolie parce qu'elle y est aimée et son pouvoir singulier, c'est que l'on ne se demande pas pourquoi alors même qu'elle n'est pas jolie.