Parmi les quelques compilations qui permettent de découvrir l'art de Beverley Sills, celle-ci est une des plus recommandables, d'autant qu'on peut la trouver à un prix très abordable.
Beverley Sills -qui nous a quittés en 2007- fut une immense vedette aux Etats-Unis, héla très peu présente en Europe. Malgré des moyens vocaux qui ne pouvaient rivaliser avec ceux de Joan Sutherland, la voix est assez serrée et manque d'ampleur- mais grâce à un timbre aussi irisé que frémissant et à un art de la variation proprement unique, ce fut notamment, après 1966 (et donc lors de la seconde partie de sa carrière) une des reines de la Donizetti Renaissance, avec Sutherland, donc, mais aussi Caballé et Leyla Gencer. De ses fameuses intégrales Donizetti réédités depuis par Brilliant, on ne trouve ici qu'un très bel extrait de Robert Devereux, une de ses créations majeures à New York avec Julius Redel, mais l'on savourera dans ce double disque d'autres superbes moments de bel canto romantique italien, et notamment un « Son vergin vezzoza » flamboyant et probablement le plus beau « Eccomi in lieta vesta » jamais enregistré (le récital d'origine enregistré à Vienne en 1968 avec Jussi Jalas est un must absolu du bel canto- paru chez Millenium en 1998). Le tempo du duo « Mira O norma » avec Shirley Veret est peut-être un peu lent, mais il finit par vous hypnotiser et l'on finit par rendre les armes, tout comme devant l'étincelant air d'Attila.
Sills fut également une très grande Traviata, miracle d'équilibre entre la virtuosité requise au 1er acte, et la fragilité frémissante du dernier. Cette double caractéristique de la voix de Beverley Sills, si humainement féminine par ailleurs, transfigure l'air de Robert le Diable, avec un suraigu à la reprise qui vous prend littéralement à la gorge. C'est un des grands sommets de ce disque. Du reste, Sills, comme quelques autres de ses consœurs américaines, a toujours eu une tendresse particulière pour le répertoire français. La prononciation n'est pas toujours parfaite, mais Sills reste encore de nos jours une des plus grandes Manon et une superbe Louise (il ne manque ici que Thaïs, enregistré avec Maazel). Fleming a depuis repris la relève, non sans talent mais peut-être pas avec le même feu intérieur. Pour les mêmes raisons, les extraits des Contes d'Hoffman valent aussi largement le détour (avec Norman Treigle, diabolique à souhait !)
De Strauss et Mozart, enfin, Sills n'enregistra aucune intégrale, mais ce que l'on entend ici doit inciter à rechercher le récital gravé pour Emi Angel avec Ceccato (de même que le « Sills chante Verdi » d'ailleurs). Deux airs d'opérettes (tiré du "Wellcome in Vienna" avec Redel) et la fameuse Baby Doe -créée par Sills au New York Opera City en 1958- terminent en beauté ce véritable programme de fêtes.
Texte très personnel et riche en informations sur « l'artiste et la personne », mais en anglais, du fils de Julius Redel qui fut l'un des chefs attitrés de Sills. Bref un très grand coup de cœur pour une chanteuse que je vous recommande sans aucune modération.