Heureux qui comme Diane, petite fille du Michigan et de prédicateur, revient de longs voyages autour de la planète bleue (du Zimbabwe à l’Australie, en passant par l’Afrique du Sud), la tête farcie de refrains addictifs, de mélodies chatoyantes, et de chansons inspirées. On ne sait si c’est grâce à l’influence paternelle qu’elle découvrit Laura Nyro (immense chanteuse aujourd’hui tombée dans l’oubli, ce qui s’avère parfaitement scandaleux), Elton John, ou Carole King (qui écoula en 1971 vingt-trois millions de son album Tapestry, et composa avec son mari Gerry Goffin quelques mignardises pour le compte de Little Eva, ou Aretha Franklin). On sait cependant avec certitude (celle des tabloïds) que son géniteur imposa à Diane Birch de se consacrer exclusivement au…piano, ce qui ne l’empêcha pas de découvrir les ors et magnificences de la Tamla Motown, et autres racines qui lui permettent désormais de développer une atmosphère délicatement surannée au sein de ses propres compositions.
Bible Belt (du nom de cette zone géographique qui, aux États-Unis, rassemblent les états sudistes qui ont participé à la Guerre de Sécession, et l’ont perdue) offre donc sans risques un troublant voyage dans le temps, ce temps des années soixante-dix où Carly Simon régnait sur le monde au bras de Mick Jagger, et où Joni Mitchell n’avait pas encore assumé sa profonde affection pour le jazz. Birch, qui n’a qu’à peine plus que vingt ans (mais ce n’est pas grave, cela ne dure pas), a certes composé l’ensemble des treize chansons, mais s’est faite épauler dans l’entreprise par le producteur Steve Greenberg, ainsi que par la chanteuse-tornade Betty Wright (une paire qui avait déjà fait merveille dans le parcours initiatique de la chanteuse Joss Stone). On est plus surpris de constater la présence du guitariste Lenny Kaye (il fut incendiaire au côté de Patti Smith), rasséréné par celles de membres des Roots, des Meters, et frissonnant en apprenant qu’une partie de l’album fut enregistré à La Nouvelle-Orléans, martyrisée, dévastée, mais ressuscitée, et toujours parfumée.
« Fire Escape », qui débute les hostilités, démontre les qualités de la chanteuse (une voix qui musarde à des hauteurs inusitées), alors que l’ambiance de la chanson qui suit (« Valentino ») rend plutôt au talent de la compositrice, émérite dans son rendu chaleureux d’un lounge-bar à l’heure de la fermeture. Certes, « Choo Choo » (dans lequel la Wright assure des chœurs véhéments), démontre que la qualité intrinsèque de la néophyte réside bien davantage dans la nuance que dans la haute tension (on dira pudiquement que la sexagénaire noire a légèrement tendance à phagocyter la blanche menue).
Mais Bible Belt n’en reste pas moins, et dans l’ordre : une surprise tout à fait agréable – et confortable, dans le meilleur sens du terme - à l’écoute ; une sorte de tour de force chamarré pour ce qui reste un premier effort ; une collection de vignettes propice à conquérir votre cœur par la face sensualité, charme, et subtilité. Et, on en est convaincu, la première station d’un chemin parsemé d’étoiles.
Christian Larrède - Copyright 2013 Music Story