Le trip-hop, ce blues électronique pour bobos des 90's, a très vite fini par tourner en rond, pris dans un maelström l'attirant vers des contrées de plus en plus noires (Massive Attack, Tricky). Les Morcheeba, apparus un peu plus tard, ont tenté de définir une autre voie, moins crispée, et le titre du Cd est par bien des aspects évocateur et révélateur de leur démarche. A la poubelle les boîtes de Prozac, on ouvre en grand les fenêtres et on respire l'air du large. Hasard ou loi des séries, Morcheeba viennent eux aussi d'une ville portuaire anglaise triste (pléonasmes), Douvres.
Deux frangins assurent toute la partie sonore, mélangeant machines et instruments traditionnels, et une chanteuse (Skye Edwards) du genre qui habite et transfigure les morceaux, survole les débats de sa belle voix. Le décontracté « The sea » ouvre le disque avec sa jolie guitare bluesy, et prépare le terrain pour la merveille du disque, « Shoulder holster », voix naïve et acidulée, quelque part entre sunshine pop et chanson yéyé des sixties. Au rayon des réussites, « Over and over », comme du Cat Stevens des débuts (avant qu'il devienne ... no comment), « Friction », reggae trip-hoppé à la Massive Attack - Finley Quaye, « Fear and love », jolie ballade triste avec cornet jazzy et violons synthétiques, « Let me see », trame blues-rock et superbe mélodie, ou encore « Part of the process », guitare slide, rythme boisé de country-rock, comme si la délicieuse Emmylou Harris avait viré electro.
Malheureusement quelques titres moins heureux viennent atténuer la réussite de ce disque, « Bullet proof », la faute de goût, instrumental electro-rap-trip-hop-jazzy inutile ; « Diggin' a watery grave », avec un sitar, comme si le George Harrison ou le Ravi Shankar des 60's étaient venus jammer avec les ordinateurs du studio, heureusement le titre est assez court ; et le final, l'éponyme « Big calm », trip-hop expérimental avec un rappeur, bof ...
Malgré ces réserves, pour moi un bon disque tout de même, et d'après les connaisseurs, le meilleur de Morcheeba, qui n'a guère fait parler de lui favorablement par la suite ...