Voilà une série assez mal vendue à sa sortie, mais finalement passionnante. On y parle de polygamie. Cela attise les curiosités malsaines. Mais on est à cent lieues de CALIFORNICATION. Quel est donc ce mari comblé ?
Il s'agit de Bill Henrickson, marié à trois femmes, pères d'une ribambelle de gamins, qui vit à Salt Lake City, dans trois maisons mitoyennes. Il est propriétaire d'un grand magasin de bricolage, et tout irait bien, s'il ne devait vivre en clandestin. Il est en rupture et en conflit avec la communauté mormone, et ses voisins, collègues, clients, ne doivent rien savoir de sa vie privée...
BIG LOVE part d'un point de départ original. Un héros polygame. Et cet homme-là est effectivement héroïque ! Il doit mener de front trois vies maritales, donc gérer son temps, son intimité avec chacune de ses épouses, gérer les susceptibilités des unes et des autres, gérer ses enfants, l'argent du ménage, gérer ses voisins, gérer son entreprise. Mais surtout gérer son ex-communauté religieuse, et son prophète (extraordinaire Harry Dean Stanton, machiavélique et pervers), qui ne supporte pas que Bill ait défié son autorité, et changé de vie. Entre les deux hommes, de lourds secrets, des haines farouches, des querelles philosophiques autant que financières.
BIG LOVE nous fait découvrir cette communauté mormone, ses traditions, mais à travers une famille qui a choisi de vivre en adéquation avec la vie moderne. Ils ne peuvent vivre au grand jour, la polygamie étant réprimée par la loi, mais tentent de s'intégrer au maximum. Le scénario s'attache aux personnages de très près. Il faut plusieurs épisodes pour apprendre à les connaître, et appréhender les liens qui les unissent tous. Le rythme est enlevé, certaines scènes très drôles, cocasses, et en fin de compte, avec ses héros atypiques, cette série parlent de nous, de notre vie, de nos croyances, de fidélité, d'amour, de famille. Les limites du bon goût à l'américaine explosent en éclat, car la famille Henrickson n'est évidemment pas le modèle par excellence outre-Atlantique.
Milles péripéties, des personnages nombreux et attachants, de vrais portraits, une étude psychologique juste, et des comédiens formidables. Un juste dosage de « sérieux » et de « divertissement ». Voilà les ingrédients d'une série réussie, originale, intelligente, et percutante.