Un véritable chef-d''œuvre du conte macabre, brutal et à l'effet saisissant. Si Le Mort Vivant était l'occasion d'approcher la terreur avec intelligence - le genre trouvant là sa meilleure parabole du fantastique social -, Bob Clark développe ici un réalisme psychologique et laisse exprimer sa virtuosité dans cet opéra où se marie avec maestria la réalisation, la musique et les techniques visuelles. L'histoire, simple en apparence, est en réalité axée sur la désacralisation de Noël ; en cela, Clark retourne un univers féerique en royaume du cauchemar : un couple se déchire parce que la fille décide d'avorter, une alcoolique au sein de la sororité, errances sexuelles et derrière ces drames du quotidien, un véritable Fou, tapi, là, dans l'ombre mouvementée par ses voix diverses, grotesques et déformées, nous harponnant même par son silence.
Aucun acteur n'est mauvais. Saxon, second rôle, en inspecteur agité, y est impeccable. Kidder est parfaite. De l'humour est présent, kingien, et tempère la pesanteur qui progresse peu à peu à mesure que le film s'achève.
Le dernier quart d'heure m'a été d'une rare intensité. C'est le premier film où je me mords un doigt tant il joue avec le "dissimulé".
Il faut saluer le travail impressionnant du directeur de la photo et surtout... cette musique ! Ce condensé de piano ou de coups de harpe qui évidemment rappelle quelqu'un... Ce film cache bien des symboles et peut paraître choquant dans son approche en apparence "gratuite" de cette figure du Mal - en cela, plus puissante selon moi que Myers dans Halloween - car axée sur celui ou celle qui exprime des voix absolument flippantes. Aussi, cet "oeil" et par extension cette silhouette imposante - même dans son absence - à la Joe Spinnel, témoigne de la frénésie sourde qui incarne l'ambiance générale. Car il faut bien avouer que l'atmosphère de Black Christmas est de loin l'une des plus racées du genre, avec son approche réaliste et malsaine et qui balance sans cesse entre le "soupçonné" et le "dissimulé", un réel jeu du chat et de la souris qui atteint son apogée dans ces quinze dernières minutes, accrochant des allures d'opéra macabre, comme on le ressent lors du meurtre où le tueur utilise une licorne ou lorsqu'on entend le tic-tac dans la maison et que le regard du spectateur est tout entier converti en celui de la caméra de Clark : lentement, lentement, de chambres noires en chambres noires, coups de harpe, une ombre en haut, dans le grenier, petit ricanement... Grand !