Autant ne pas vous mentir, les aminches, cette Dynamite-là ne vaut pas 19¤99, frais de port non compris. Sanders et son ami Jai White n'ont pas fait un film génial, novateur, incontournable pour les cinéphiles exigeants : l'histoire est ridicule, l'action est outrancière, la moindre ligne de dialogue suinte le cliché.
Mais justement. A l'instar du Planet Terror de Robert Rodriguez (2007) ou du récent Pirahna 3D d'Alexandre Aja (j'aurais volontiers ajouté "Boulevard de la Mort" de Quentin Tarantino si celui-ci n'avait pas été aussi prétentieux), Black Dynamite n'a aucun autre but que de nous servir une histoire débile, des scènes de kung-fu abracadabrantes et des personnages caricaturaux. Sur le principe de l'hommage, Scott Sanders et Michael Jai White, l'acteur principal qui co-signe le scénario, reprennent tous les codes qui ont fait la gloire de la Blaxploitation des années 70 pour mieux les parodier, évidemment à l'extrême : un héros Noir, personnage surpuissant maîtrisant la gachette, le kung-fu et le sexe comme aucun Blanc ne saurait le faire ; une croisade contre la drogue qui fait des ravages dans les rangs de sa communauté ; des flics blancs corrompus jusqu'à la moëlle ; une communauté chinoise passée maître dans l'art martial, mais vicieuse et sans honneur ; un gouvernement Républicain manipulateur et impliqué dans de sales affaires...
Le film réussit avec brio à restituer cette atmosphère si particulière de l'Amérique de Nixon, atmosphère certes cliché à l'extrême mais justement gravée dans les mémoires, au moins celle des cinéphiles acharnés. C'est l'âge d'or de la contre-culture noire, en musique les mouvements funk et soul explosent, et le cinéma suit la tendance, cherchant avec les moyens financiers et techniques du bord à créer ses propres héros, ses propres grandes figures en opposition à l'Hollywood qui reste en grande majorité une affaire de blancs. Face au cruel manque de héros afro-américains, ces derniers restant relégués aux seconds rôles, la blaxploitation tente d'inverser la tendance : et à un Dirty Harry on oppose un Shaft, à un Dracula on oppose un Blacula...
C'est à tous ces films de série B à Z devenus cultes aujourd'hui, des films certes souvent ringards et stupides, mais courageux sans aucun doute, et c'est à toute cette époque de protestations que Black Dynamite veut rendre hommage. Il le fait bien ; tout est pris sur le ton de la rigolade : les dialogues, les clichés raciaux propres au genre et un peu passés de mode, la mise en scène (qui fait en même temps de nombreuses références à des vrais films de l'époque, notamment à travers les films -pornos, majoritairement- dans le film), les décors kitschs, les costumes ringards. Et ça passe tout seul : sans faire dans la surenchère, le film est très drôle et a un parfum d'authentique, celui que seuls ont les films faits par des passionnés.
Parce que Sanders et Jai White se moquent, mais on sent qu'ils n'en restent pas moins admiratifs face à cette blaxploitation ; et c'est ce respect pour un genre révolu qu'ils cherchent à nous faire partager : le résultat est très bon, convivial, sans prétentions intellectuelles et idéal pour une soirée entre amis, et à la fin on se dit que oui, ça ne serait peut-être pas mal d'en voir d'autres, des "vrais". Le pari est tenu, donc ; si vous êtes un cinéphile exigeant, passez votre chemin, vous n'aurez peut-être pas grand chose à vous mettre sous la dent : mais si vous aimez les films de genre, si vous avez aimé Planet Terror, Pulp Fiction à la rigueur, courez-y, parce que dans ces rangs-là, Black Dynamite a des allures de culte.