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8 internautes sur 8 ont trouvé ce commentaire utile
5.0 étoiles sur 5
Le Sacre du Mingus ?,
Par
Ce commentaire fait référence à cette édition : Black Saint & The Sinner Lady (CD)
Charles Mingus était une forte personnalité de l'histoire du jazz, à l'époque où ce nom désignait autre chose qu'une musique protégée de l'aventure artistique par un formalisme inoffensif. Vivant mal sa condition de musicien semi-savant, il n'a jamais fait le deuil de la musique classique, alors même que ses disques restent parmi les plus abordables de tout le jazz, par exemple pour des oreilles (dé)formées par le rock, grâce à leur rythmicité entraînante, voire féroce, le pouvoir de séduction des thèmes et l'écriture des ensembles cadrant nettement les improvisations. The Black Saint and the Sinner Lady reste son album le plus ambitieux, comme en témoigne son long texte de présentation, reproduit ici à une taille lisible, contrairement à l'édition précédente. On n'y retrouve pas les thèmes les plus mémorables de Mingus, il faudra pour cela se tourner vers Mingus Ah Um, Mingus Dynasty ou Mingus Mingus Mingus Mingus Mingus, ce dernier enregistré la même année (1963) que Mingus Plays Piano et le disque qui nous occupe. Black Saint est écrit pour un tentet et conçu comme un seul morceau en deux fois trois temps, les trois derniers (la deuxième face du 33 tours d'origine) étant enchaînés. Les titres le disent clairement : la suite repose sur le thème de la danse, donc du rythme, et est organisé par l'idée d'une complexité croissante. Les disques-suites d'Ellington, eux-mêmes efforts d'écriture classique, et le Stravinski du Sacre du printemps : les références de Mingus sont claires comme du verre. Ce sont précisément celles qui l'ont taraudé tout au long de sa carrière, il ne les a jamais affrontées aussi directement et c'est en cela que ce disque est si révélateur de son art. Le lyrisme ellingtonien et la rythmicité stravinskienne sont colorés par divers rugissements et vocalisations des vents, ancrés dans une tradition américaine presque folklorique, répercutée par le titre du disque. Inutile de se laisser effrayer par les prétentions apparentes du projet : il n'y a qu'à se laisser aller à l'extraordinaire magnétisme de Mingus. Signalons enfin qu'en passant chez Impulse, Mingus abandonnait les médiocres prises de son d'Atlantic pour les velours de Rudy Van Gelder, auxquels les transferts de Michael Cuscuna rendent davantage justice que la précédente réédition CD, ce qui ajoute au charme immédiat de cette musique qui n'en manque déjà pas.
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