Son swamp rock a l'authenticité de la Louisiane. Nul autre artiste ne la personnifie comme lui. Connu pour son immense talent de songwriter, Tony Joe White s'est mis tout le monde dans la poche, artistes comme public. Le King en personne lui emprunte son célèbre Polk Salad Annie pour le populariser, Ray Charles et Brook Benton en font de même avec Rainy Night In Georgia. Tina Turner (Steamy Windows), Ray Charles, Wilson Pickett, Dusty Springfield (Willie And Laura Mae Jones), Eric Clapton, Mark Knopfler, Emmylou Harris, Roy Orbinson... tous ont eu à se réjouir de leurs diverses collaborations avec TJW. Joe Dassin, Johnny Halliday chez nous, idem. Une forte majorité de ses compositions deviennent des classiques. Avec un penchant pour les riffs distordus, une affinité pour la guitare qui wha-whate et qui en fait un des aspects essentiels du son Tony Joe White, une voix qui n'en finit plus de traîner en toute, un harmonica chaleureux et généreux, ce fils de Cherokee en arriverait à faire passer J.J Cale pour un bleu bite. Personne ne traduit la musique des bayous comme il le fait. Il est le digne héritier de la tradition musicale louisianaise appariée à la musique de bars texane. Les débuts dans la profession de Tony Joe White sont laborieux et le succès tarde à venir aux States, même si l'Europe et la France notamment, en pincent alors sérieusement pour le « Renard des Marais » qui pratique un blues profond qui ne les laisse pas insensibles. Le label qui l'emploie (Monument Records) juge alors opportun d'accélérer la carrière de TJW. Un premier album, Black And White, produit à Nashville par Billy Swan et en 1969 voit le jour. Dans sa première partie, White propose des titres signés de sa main, parmi lesquels Willie And Laura Mae Jones, qui traites des problèmes raciaux, Polk Salad Annie, son plus gros succès, et le funky Soul Francisco, grosse réussite en Europe et dans la France de 68, font office de must. Don't Steal My Love et Whompt Out On You complètent agréablement la phase White. Le revers du LP s'attache à démontrer que Tony Joe White n'est pas que l'auteur-compositeur aguerri que l'on connaît, mais qu'il peut être également un excellent interprète du répertoire d'autrui. Who's Making Love, le tendre Little Green Apples, le très beau Look Of Love et Scratch My Back en attestent. Black And White n'est pas ce que l'artiste compte de meilleur dans sa besace. Il a toutefois le privilège de mettre le pied à l'étrier du catalogue de cette légende vivante (69 ans, si je ne m'abuse et qui a sorti un superbe disque en 2010) et, à partir de là, il devient difficile de s'en détacher tant l'effet est addictif (PLO54).