Flash (Barry Allen, récemment revenue d'entre les morts) et Green Lantern (Hal Jordan, lui ça fait un peu plus longtemps qu'il en est revenu) se tiennent devant la tombe de Bruce Wayne (mort récemment aussi dans
Final Crisis). Ils évoquent les nombreux décès survenus récemment dont celui du Martian Manhunter. Cette scène de prologue sert à installer la thématique du récit : la vie, c'est dur et puis on meurt.
Un être tout habillé de noir surnommé Black Hand (William Hand de son vrai nom) distribue des anneaux de puissance noirs. Ils vont chercher d'eux-mêmes des cadavres plus ou moins récents pour les réanimer. Ces zombis recouvrent une partie de leur mémoire et ils se nourrissent des émotions de leurs victimes. C'est ainsi que les héros voient revenir leurs biens aimés, leurs ennemis, ou d'autres superhéros décédés qui ne semblent vouloir que leur mort. En plus, comme tout zombi qui se respecte, ces êtres sont pratiquement impossibles à tuer. La crise est globale, tous les superhéros sont touchés. Il leur faudra mettre en commun toutes leurs ressources pour découvrir ce que trame Black Hand et ce qui se cache derrière lui.
"Blackest Night" est le crossover DC de l'hiver 2009/2010, basé sur la mythologie des Green Lanterns. L'histoire se déroule après
Green Lantern : Agent Orange et
Green Lantern Corps : Emerald Eclipse. Le présent tome regroupe les 8 épisodes de la série "Blackest Night", ainsi que 12 pages de prologue.
Cela fait plusieurs années que Geoff Johns développe une mythologie d'envergure au sein de la série Green Lantern, tout en s'appuyant et en respectant l'historique de cette série. C'est la deuxième fois qu'il organise un crossover d'ampleur au sein de l'univers DC (après "Infinite crisis" avec Phil Jimenez) et c'est également la deuxième fois que la série Green Lantern se trouve au centre d'une crise qui secoue l'univers (après les Sinestro Corps War).
Geoff Johns dispose d'une connaissance encyclopédique de l'univers DC et d'un niveau expert dans le savoir faire de concepteur d'intrigues. Il a choisi de mettre en avant d'autres héros que la trilogie habituelle de DC : Superman, Batman et Wonder Woman laissent donc le devant de la scène à Flash, Green Lantern, mais aussi Atom, Deadman, Mera, Hawkman et Hawkwoman. À partir de là, il y a 2 types de lecteurs : celui qui veut juste savoir ce qui s'est passé dans le crossover en espérant qu'il forme un tout et le fan de l'univers DC qui en veut pour son argent en terme de révélations et d'impact à long terme (je fais partie de la deuxième catégorie). Ce crossover s'adresse plutôt au lecteur régulier de DC, qu'au profane. Et pour le coup, le spécialiste en a pour son argent. (1) Geoff Johns met en avant des personnages qui sont plutôt habitués aux seconds rôles, voire à la figuration dans les crossovers. (2) Cette histoire change le statut de plusieurs personnages et en ramène 12 à la vie (héros et criminels) en promettant que c'est la dernière fois (ou au moins que ce sera plus dur après). (3) Cette histoire forme un tout mieux amalgamé que les crossovers habituels : le lecteur n'a pas l'impression d'avoir manqué la moitié de l'histoire. (4) Chaque épisode est truffé de plusieurs trouvailles scénaristiques que ce soit pour les personnages (Ray Palmer, Barry Allen et même Mera que je ne connaissais pas et dont je suis curieux de connaître la suite des aventures) ou pour les situations (grand moment lors de la découverte du porteur d'un anneau d'une neuvième couleur). (5) C'est l'apothéose de 2 ans d'intrigue dans la série de Green Lantern dont je suis un grand amateur, avec encore des trouvailles magnifiques comme l'équipe de suppléants mandatés par Ganthet.
Première bonne surprise graphique : "Blackest Night" bénéficie du même dessinateur du début jusqu'à la fin. Deuxième bonne surprise : ce monsieur maîtrise bien les personnages puisqu'Ivan Reis a déjà illustré plusieurs épisodes de la série Green Lantern. Sa composition de pages est plutôt traditionnelle : des cases rectangulaires (pas de trapèzes ou d'autres formes biscornues) et une double page par épisode. Ces doubles pages sont vraiment magnifiques qu'il s'agisse de l'arrivée en masse des 7 escadrons de Lanterns ou de Flash fuyant avec une meute de Black Lanterns à ses trousses. Il arrive à caser tous les personnages apparaissant au fil du scénario et ils sont tous reconnaissables dans des cases parfois surpeuplées, mais toujours déchiffrables. Les visages expriment clairement les émotions des personnages et rendent les dialogues très vivants et il est facile pour le lecteur de ressentir de l'empathie devant les sentiments exprimés. Les scènes d'affrontement regorgent de trouvailles pour la visualisation des différents superpouvoirs en lice. En particulier la mise en scène de Flash transmet avec force l'impression de vitesse et de presqu'ubiquité de ce héros. Ivan Reis se range dans la catégorie des dessinateurs précis et efficaces. Il y a quand même 2 points qui m'ont déçu. Le premier réside dans l'aspect des Black Lanterns : leur aspect horrifique reste très limité (vraisemblablement DC Comics a souhaité que cette histoire puisse être lue également par les plus jeunes et le résultat graphique est très édulcoré par rapport à ce qu'à pu faire Sean Phillips sur les zombis Marvel). Deuxième reproche : Ivan Reis ne dessine pas toujours de décors. Des fois, les héros sont dans des lieux définis avec luxe de détails (le musée Stonecat de Saint Roch), des fois il peut y avoir 8 pages d'affilée sans décors (les personnages se débattent sur une scène sans arrière plan.
J'ai passé un bon moment avec la lecture de ce crossover très copieux. Je ne suis pas un grand amateur de ce genre d'histoire qui laisse par définition peu de place aux personnages tellement ils sont pléthoriques. "Blackest Night" ne fait pas exception à la règle. Par ailleurs le fondement philosophique reste assez superficiel : l'effort des représentants de la vie contre ceux de la mort assimilé à la survie de la lumière dans les ténèbres. Pour autant Geoff Johns a déployé des trésors d'inventivité pour (1) bâtir un scénario qui sort de l'ordinaire, (2) consacrer un peu de temps à plusieurs des héros et (3) développer la mythologie des Green Lanterns sans avoir recours à la trinité DC. Enfin il a bénéficié d'un dessinateur très compétent. En conclusion, dans la catégorie crossover, celui-ci figure parmi les meilleurs.
POUR S'Y RETROUVER
Blackest Night se compose de 7 tomes : le crossover lui même
Blackest Night, les épisodes de la série Green Lantern
Blackest Night Green Lantern, les épisodes de la série Green Lantern Corps
Blackest Night Green Lantern Corps. Il y a également 2 tomes comprenant des miniséries dédiées à des Black Lanterns
Blackest Night : Black Lantern Corps, vol.1 (Superman, Batman et les Titans) &
Blackest Night : Black Lantern Corps, vol.2 (Flash, Wonder Woman et JSA). Il y a aussi 1 tome consacré à d'autres héros
Blackest Night : Tales of the Corps (Saint Walker, Starr Sapphire, Atrocitus et les autres). Et il ya enfin 1 tome consacré à des Lanterns d'autres couleurs
Blackest Night : Rise of the Black Lanterns (Atom, Hawkman, Question, Phantom Stranger, Starman, Catwoman, etc.).