Si le premier tome de cette série ayant récemment redoré le blason de la sacro-sainte BD franco-belge (avec à la barre deux auteurs... espagnols !) était séduisant, avant tout pour sa mise en image magistrale, on monte ici carrément d'un cran !
La première histoire n'était ni mauvaise, ni transcendante. Le héros se promenant dans un univers de détective privé des années 50 dans la plus pure tradition du genre. Mais avec ce second opus, nommé « Arctic Nation », soit un titre des plus intrigants avant lecture, l'univers créé par Canales et Guarnido prend réellement de l'ampleur. Le scénario à tiroir rappelle les romans de Raymond Chandler et ce n'est pas une mince affaire que d'avoir réussi le tour de force de concentrer une intrigue si complexe en un seul album de 56 pages !
De plus, les auteurs se permettent le luxe de glisser dans une intrigue déjà plutôt riche, un sous-texte sur l'imbrication entre le racisme et la lutte des classes (citant la Crise de travail, la précarité du monde ouvrier et les groupuscules du genre « Klu-Klux-Klan ») que vient rendre palpable la caractérisation des personnages sous la forme d'humanoïdes à tête d'animal. Pour la première fois, ce choix trouve véritablement son sens dans la série. Ainsi, l'ours blanc est-il à la tête de ce faux KKK, alors que le gang des « blacks » est dirigé par un taureau et un cheval noir ! Blacksad, le héros, se retrouvant en terrain neutre puisqu'il est à la fois noir et blanc ! Et puis le voleur est par exemple une pie, l'institutrice une biche, le journaliste fouineur un renard ! Les références ne sont plus choisies au hasard.
La qualité du scénario est donc la bonne nouvelle de ce second opus, même si le petit nombre de pages oblige une narration à ellipses. Ainsi, les raisons pour lesquelles Jezzabel a épousé Karup peuvent tout de même paraître assez tirées par les cheveux. Le graphisme est toujours aussi impressionnant et élève Juanjo Guarnido au rang d'un des meilleurs de sa génération. Instruit à l'école Disney, le maestro ne souffre d'aucun défaut. Il sait tout faire et excelle dans tout : Les personnages, les expressions (exceptionnelles !), le mouvement, la lumière, les décors, les cadrages, le découpage, l'atmosphère...
Un pur bonheur.