Ce livre n'a rien anecdotique. Parfaitement documenté, il illustre un phénomène contemporain important : la privatisation de l'une des principales prérogatives régaliennes de l'État, celle de l'usage de la force armée. Fondée dans les années 90 par un chrétien intégriste d'extrême droite, Erik Prince, Blackwater a pris toute sa dimension grâce aux attaques du 11 septembre 2001. Depuis, la firme n'a cessé de s'étendre grâce à un lobbyisme agressif auprès de la complaisante administration américaine de G.W.Bush. Cette armée déguisée en corps de coopérants civils (civil contractors) pour le maintien de la paix utilise en fait légalement les compétences de tout ce que le monde comporte en matière d'escadrons de la mort et de tueurs à gage. L'usage d'effectifs importants sur le terrain échappe entièrement au pouvoir du législatif : ainsi, il y a 180000 « coopérants civils » en Irak, plus que de militaires. De plus, ces mercenaires bénéficiaient jusqu'à une date récente d'un droit d'impunité absolue tant aux USA que dans les pays où ils étaient employés. Pour illustrer ses thèses, Scahill détaille plusieurs faits divers irakiens sanglants (le dimanche sanglant de Baghdad, le siège de Fallujah ou l'attaque du 4 avril 2004 à Najaf).
Ainsi, aucun employé de Blackwater n'a jamais été poursuivi pour crime de guerre. L'usage domestique de ces milices privées (à la Nouvelle Orléans par exemple) s'apparente assez bien à celui des chemises noires des années trente, technologie en plus. Enfin, afin de diversifier les risques, Blackwater s'internationalise afin de se mettre au service de multinationales ou de gouvernements « amis » capables de payer grassement ses services. La vision extrémiste de Prince et de ses amis est celle des chefs de croisades soucieux d'exterminer les islamistes pour la gloire du Dieu judéo-chrétien. Son discours est pétri d'une langue de bois orwellienne où les mots signifient exactement le contraire de ce qu'ils veulent dire pour les gens ordinaires. Il est terrifiant d'imaginer que ce genre d'armée puisse être un jour déployée chez nous.
Depuis peu, Blackwater a changé de nom pour s'appeller Xe.
Le présent commentaire à été rédigé à partir de la lecture de la version originale en anglais.