- Ce qu'il faut savoir sur ce dvd au niveau du contenu : Il propose deux disques mais une seule version du film, celle appelée "Final cut", soit la version "définitive", la plus proche voulue par Ridley Scott lorsqu'il réalisa le film, en 1981. Les quatre autres versions du métrage, à savoir la première, sortie en salle en 1982, la même dite "International cut" avec un peu plus de sang (!), la copie de travail (version "test") de la même époque et la version dite "Director's cut sortie en 1992, ne sont pas au menu.
Franchement, seuls les collectionneurs de l'extrême et les nostalgiques du montage d'origine pourront pinailler quant à la sortie d'une ultime version retravaillée par le metteur en scène lui-même dans les conditions idéales. Le plus important demeurant le somptueux travail de remastérisation qui a permis au "final cut" de rivaliser avec la haute définition des films les plus récents !
Que rate-t-on par rapport à l'édition américaine :
Pour le cinéphile le plus curieux, la copie de travail est passionnante car elle est bourrée de scènes différentes (allant de l'indétectable à celles possédant d'autres dialogues) et contient une bande originale alternative.
La version d'origine fonctionne surtout pour le nostalgique l'ayant découverte à l'époque. C'est la version la plus différente du résultat proposé dans le final cut. Pour la petite histoire, Ridley Scott fut viré avant le montage final et les producteurs rajoutèrent une voix off façon "Mike Hammer" tout en modifiant la fin en insérant un happy-end qui contredisait au passage toute l'histoire et annulait la révélation finale voulue au départ par les auteurs du métrage. Ils enlevèrent également certains des plans les plus sanglants que l'on pouvait néanmoins apercevoir sur la version appelée "Inernational cut"...
Le "Director's cut" de 1992 a bien évidemment été rendu obsolète par le final cut. Non pas à cause de certains plans d'effets spéciaux entièrement refaits (attention, c'est très discret et c'est un travail d'orfèvre, on n'est pas chez George Lucas...), mais surtout par rapport à l'attention apportée, comme dit plus haut, au travail de remastérisation effectué sur le son et l'image.
Le 1° dvd de l'édition française propose donc uniquement le final cut accompagné de trois commentaires audio malheureusement non sous-titrés (!) ainsi que d'une courte introduction de Ridley Scott.
Le 2° dvd propose le documentaire exhaustif de 3h 34 baptisé "Des temps difficiles" qui devrait mettre tout le monde d'accord en termes de making of définitif !
Mais pour les accrocs, le blu-ray américain nommé "Blade Runner (Five-Disc Complete Collector's Edition)" est disponible sur Amazon.com. Il propose les versions en vf et il est encodé all zone !
- Ce qu'il faut savoir sur le film : Il s'agit de l'adaptation très libre d'une des plus célèbres nouvelles de l'écrivain de science fiction Philip K Dick ("Do Androids Dream of Electric Sheep?", 1968), où un petit groupe d'androïdes belliqueux aux capacités surhumaines, conçus pour travailler dans la colonisation de nouvelles planètes, revient clandestinement sur terre pour retrouver son créateur, afin de bénéficier d'une durée de vie plus longue que celle qui lui a été donnée, particulièrement éphémère.
Ridley Scott, tout juste auréolé de son succès sur "Alien, Le 8° Passager" (il n'a auparavant réalisé qu'un seul film : "Les Duellistes", en 1977), se révèle tel un visionnaire génial de la science-fiction cinématographique, comme une alternative sombre et réaliste au créateur de la trilogie "Star Wars", alors en plein cœur du tournage de sa saga ! Il nous dépeint un futur terrestre glauque et mélancolique à travers la vision de décors inouïs, en partie créés par le génial Douglas Trumbull (oui, le même spécialiste des effets spéciaux que sur "2001 L'Odyssée De L'Espace" de Kubrick !) et inspirés des travaux de Moebius, qui traumatiseront toute une génération de cinéphiles et impressionneront rétroactivement George Lucas, qui tentera désespérément d'en retrouver l'essence en imaginant le look de la planète "Coruscant" lorsqu'il s'attellera à la mise en chantier de sa préquelle étoilée...
Le résultat est sublime ! Blade Runner est le premier projet en 55 ans capable de s'élever sur le terrain du mythique "Metropolis" de Fritz Lang en termes de thématique et d'esthétique science-fictionnelle !
Le problème est un peu le même que celui que vécut Orson Welles en son temps : Scott, ultra créatif mais bien peu protocolaire, va peu à peu se disputer avec tout le gratin des producteurs hollywoodiens qui ne lui laisseront plus jamais les coudées franches dans la suite de sa carrière...
A l'arrivée, le film ne connaitra pas le succès qu'il mérite et Ridley Scott en prendra un méchant coup. La faute à une mauvaise promotion publicitaire qui vendra le métrage comme un blockbuster bourré d'action alors qu'il est tout l'inverse. Car en effet, le parti-pris narratif de "Blade Runner" s'apparente davantage au "Mort à Venise" de Visconti qu'à "Star Wars" !
Les qualités de l'œuvre qui nous intéresse ici sont à chercher ailleurs :
- Dans son atmosphère : "Blade Runner" est un mélange de film d'anticipation à la "Soleil Vert", de roman policier à la Dashiell Hammet et de poésie tragique ! Le rythme est ultra lent mais particulièrement envoûtant. Passé une première demi-heure d'acclimatation, on se sent loin de notre univers quotidien et la sensation est à la fois enivrante et terrifiante. Le soin et le sens du détail apportés aux décors (un Los Angeles postmoderne absolument dantesque !), la lumière nocturne et la perception quasi olfactive des lieus parachèvent le voyage.
- Dans sa musique : Vangelis compose son chef d'œuvre. Jamais synthétiseurs n'ont sonné aussi riche et symphonique ! La pièce maîtresse "Blade Runner Blues", qui n'a de blues que les mesures, bouleversera les auditeurs les moins mélomanes. La partition, omniprésente dans le film, opère un rôle narratif et illustratif à elle seule, rendant la plus-part des scènes totalement exemptes de dialogues.
- Dans ses acteurs : Si Harrison Ford est parfait et marque durablement les esprits par son jeu halluciné (c'est l'époque de Han Solo et Indiana Jones !), si Sean Young et Darryl Hannah sont poignantes d'humanité robotisée à fleur de peau, et si Brion James est impressionnant de brutalité teintée d'innocence, Rutger Hauer crève l'écran et compose un des "méchants" les plus ambivalents et les plus fascinants qu'on puisse imaginer.
La caractérisation des personnages, particulièrement anti-manichéenne, est à marquer d'une pierre blanche, car dans le genre de la science-fiction, on n'avait encore jamais porté à l'écran des individus aussi troubles, crédibles et bouleversants.
- Dans son final : Un final en deux temps, qui voit deux retournements de situation (des "twists", comme on dit aujourd'hui) élever le sujet et culminer dans une magnifique envolée lyrique sur la volonté de vivre et la valeur absolue de la vie (un film antichrétien, en somme !), sur la froideur et la cruauté du monde technologique et sur la valeur des souvenirs comme accomplissement personnel et nourricier.
S'il fallait encore en rajouter, il faudrait dire de "Blade Runner" qu'il s'agit d'une pièce maîtresse de l'histoire du cinéma. Un chef d'œuvre intemporel fédérateur et matriciel. Pour cette raison, il est possible de ne pas l'aimer (amateurs d'actionners bourrins à la "Independance Day", passez votre chemin !!!), surtout à cause de son rythme et de son atmosphère abstraite et étouffante. Mais certainement pas de chercher à en minimiser la valeur aux yeux du monde !