A l'issue du générique de fin, je me suis dit : depuis combien de temps n'avais-je pas vu un polar français aussi bien troussé ? Depuis FRED, de Pierre Jolivet, en 1997, dont la trame est d'ailleurs assez semblable.
BLANC COMME NEIGE met en scène Maxime, à qui tout semble sourire. Réussite professionnelle (une concession de voitures de luxe), une famille soudée, une femme superbe. Avec son associé Simon, il vient de recevoir un prix de meilleur entrepreneur de l'année. Simon part fêter cela, s'accordant 15 jours de congé. Un congé, ou une fuite en avant ? Car quand on retrouve la voiture de Simon plantée dans un platane, Maxime découvre qu'il a été en réalité assassiné. Et que ceux qu'ils l'ont tué, vont maintenant s'en prendre à lui. Le Simon, il n'était pas blanc blanc...
Le réalisateur Christophe Blanc (sic !) a semble-t-il vu beaucoup de polar, de Film Noir, des Corneau, des séries B américaines, et il en a gardé le meilleur : la mécanique, et la tension. Pas de psychologie superflue, un montage sec, un engrenage parfaitement huilé, pas d'esbroufe de mise en scène, et surtout, un héros marqué dès le départ par la poisse, qui se noie davantage au fur et à mesure qu'il tente de surnager. Et c'est d'autant plus tragique pour Maxime, qu'il n'y est pas pour grand chose... Rien de très original, certes, mais quand c'est bien fait, ça passe. Et au diable les incohérences soulevées par les autres commentaires. Non intervention de la police ? Ce n'est pas ce qui compte ici, l'important, ce sur quoi se focalise le réalisateur, c'est Maxime, et comment les évènements vont le transformer. Dès les premières scènes, lors de la remise du prix, lors du départ précipité de Simon, on sent que quelque chose cloche. Sans que le réalisateur nous dise pourquoi, le spectateur a une longueur d'avance sur le héros. Un héros bien ordinaire, lâché parmi les brutes. Les relations entre Maxime et sa femme Michèle sont traitées en quelques plans, quelques phrases bien senties, sans s'appesantir : « tu me sens, là, à tes côtés ? » lui demande Michèle qui s'inquiète de voir Maxime se lancer seul face au danger, et ne veut pas en être exclue.
S'il fallait émettre une réserve, ce serait par rapport au dernier tiers du film, du changement de décor : la Finlande. Christophe Blanc, change radicalement son ambiance. La couleur blanche prédomine, sur le noir du départ, les paysages naturels remplacent la zone industrielle, et surtout, les horizons s'élargissent. Sur le plan scénaristique, qu'est ce qui justifie réellement ce changement de décor ? On pouvait imaginer un dénouement semblable, sans changer de région. Si ce n'est le clin d'½il appuyé à FARGO des frères Coen... Cette dernière partie n'est pas moins réussie, mais le propre du film d'atmosphère est justement de maintenir une tension dramatique, de confiner les personnages. Ce que Christophe Blanc réussissait parfaitement, notamment dans les scènes au chenil, les allers retours incessants en voiture, la course au fric, le départ de Michèle. La Finlande : je ne sais pas si c'est une bonne idée, ou non, mais disons que c'est un choix qui se discute...
Une des grandes qualités de BLANC COMME NEIGE tient à son interprétation. François Cluzet y est remarquable (comme d'hab), plein d'assurance, et qui regarde son monde s'écrouler. Olivier Gourmet est prodigieux (comme d'hab), Louise Bourgoin s'en sort très bien, et les mafieux ont des trognes de mafieux, ce qui tombe bien. Et ça flingue à tout va ! A l'ancienne. Sans salto arrière au ralenti ni chorégraphie esthétisante. Une violence sèche.
Un vrai Film Noir, une vraie série B, qui tient en haleine, maitrisée de bout en bout.