La trajectoire de Larcenet ressemble en tous points à celle désormais classique, des comiques qui ne sont vraiment reconnus que lorsqu''ils abordent des thèmes de manière sérieuse.
C''est sans doute réducteur et injuste, mais les exemples pullulent et Larcenet est logé à cette enseigne.
Son talent était déjà présent dans des perles comme "Bill Baroud" (annonciateur d'OSS 117 !), dans les drolissimes "Cosmonautes du futur", "Super héros", "Loi des séries", "Nic Oumouk", dans le formidable "Le temps de chien" (Freud au Far West) ou "Robin des Bois". 'Bien sûr étant humain, il avait quelques faiblesses ("Fléau de Dieu", "Guide de survie en entreprise"...) mais somme toute, peu de choses.
Quand il quittait le registre uniquement comique, il élevait encore le niveau, en collaboration comme sur "Retour à la Terre" ou seul, avec "Le combat ordinaire", vraie et belle réflexion personnelle.
Aujourd'hui, Blast confirme que son talent est immense.
L'histoire déroulée est celle de Polza Mancini (pour POmni Leninskie ZAvety -souviens toi des préceptes de Lénine !), un homme obèse, ancien critique gastronomique, qui plaque femme et travail pour vivre une autre vie qui lui est révélée au moment d''un blast (une sorte d''effet de souffle mental) qui l''a transformé. On le découvre en garde à vue pour ce qu'on devine être une tentative de meurtre. Interrogé par 2 policiers, il leur raconte sa vie, depuis l'élément déclencheur du Blast : la mort de son père (images terribles d'une force immense).
Toute l'histoire est suspendue au bon vouloir de Polza qui entraîne les policiers sur des chemins qu'il est le seul à connaître et comme il le dit, "la vérité est plus facile à dire qu'à entendre".
Larcenet ne cherche pas à rendre son personnage principal sympathique, mais il parvient à le rendre crédible.
Le qualificatif "halluciné" devient une tarte à la crème, mais on a ici du mal à décrire autrement cette bombe qui nous explose à la figure : récit terrible, dessins sombres, plus ou moins poussés, aériens ou gras, découpages recherchés, en noir et blanc à quelques giclées de couleurs près.
Graphiquement, l'écrin est parfait pour décrire l'univers tour à tour sinistrement lucide et dément de Polza. On peut ne pas adhérer et trouver qu'il ne s'agit là que d''une esbroufe prétentieuse pour faire arty. On peut aussi applaudir des 2 mains quelqu'un qui aurait pu se contenter de décliner à l'infini des chroniques douces amères et qui a choisi une voie autrement plus risquée.
Une réussite.