Cinq ans après les explorations minimalistes et autodestructrices de "L'Imprudence" (désolé, pas mon trip...) Bashung revient avec un disque remplu de lumière, des chansons pop éclairées de guitares rayonnantes et synthès nappants des mélodies accrocheuses (bonne réserve de tubes), portée par cette voix toujours irréelle. Ce sont les fruits d'une association en dehors des sentiers habituels (exit J Fauque et B Bergman - un peu dommage quand même): Gaetan Roussel de Louise Attaque, Manset, Arman Méliès... Un Bashung un peu fainéant donc, mais qu'il serait faux de limiter au seul rôle d'interprête, car sa faculté à malaxer les mots et les univers pour les emmener ailleurs reste indéniablement présente... Et il faut reconnaitre à ses auteurs/ compositeurs d'avoir su apporter un matériau de grande qualité... Ecoutez "Je t'ai manqué" ou "Hier à Sousse" pour vous convaincre que Gaetan Roussel a bien digéré l'ambiance de "Fantaisie Militaire" (le chef d'oeuvre d'Alain - à l'unanimité d'ailleurs, semble t-il)... Mettez en miroir "Je tuerai la pianiste" et "Comme un Lego" pour admirer la communion avec Manset, où à tour de rôle chacun semble habiter l'univers de l'autre ... "Comme un lego", vertigineuse imploration sur la condition humaine, touche à mes yeux au beau absolu, à l'indicible où la chanson ne s'aventure que par exception, sous la férule des "grands voyageurs"... Petite réserve sur les reprises, un peu en deça, même si la délicatesse de "Suzanne" révèle bien l'immense talent de "repreneur" de Bashung..
Au final, cela donne un disque plus accessible que les précédents (on peut faire "facile" si on veut faire le ..difficile), rempli de beaux moments, mais pourquoi bouder son plaisir? Combien a t-on de pepites comme celle ci chaque année?