À ma connaissance, il s'agit de l'une des deux seules oeuvres de l'écrivain Philippe Djian qui ont été adaptées au cinéma, avec "37°2 le matin". Coïncidence, les deux films sont sortis la même année en 1986, "Bleu comme l'enfer" ayant été réalisé par Yves Boisset et "37°2" par Jean-Jacques Beinex. Destins divergents : le second est devenu culte, le premier est juste tombé dans un quasi-oubli, rarement rediffusé et plus réédité depuis des lustres (celle de 2008 doit être la première depuis la VHS...).
Injustice ? Oui et non. Dans les deux cas, ce sont des films qui, 25 ans après, ont pris un "coup de vieux", mais celui de Beinex, transcendé par une très belle histoire d'amour, traverse mieux les décennies. Tout est-il pour autant à jeter dans "Bleu comme l'enfer" ? Les critiques tout d'abord : très franchement et même avec beaucoup d'indulgence, on a du mal à croire à cette histoire de flic jaloux (Tchéky Karyo) dont la femme (Myriem Roussel) s'amourache du premier aventurier de passage (Lambert Wilson), et qui se jette à la poursuite du couple en cavale. À la décharge d'Yves Boisset, le roman éponyme se lit beaucoup moins bien que "37°2" et pour écrire son scénario, il s'est davantage inspiré du livre qu'il ne l'a véritablement adapté. Et même sans être policier, on peut supposer que n'importe lequel d'entre eux lèverait les bras au ciel devant les invraisemblances de l'histoire et la façon d'agir de ses "collègues" de cinéma...
Le film n'est pas pour autant dépourvu de qualités. À défaut de crédibilité, Boisset excelle dans le rendu d'une atmosphère sombre, que ce soit aux abords de zones industrielles ou dans de somptueux paysages naturels des contreforts du Massif central que l'on pourrait croire filmés dans le grand Ouest des Etats-Unis : "Bleu comme l'enfer" a de faux airs de "road movie" à l'américaine, au rythme sans temps morts. Ensuite, il est plutôt bien servi par ses interprètes, en particulier le duo Lambert Wilson/Tchéky Karyo. Le tout rehaussé par le joli minois de Myriem Roussel, sobrement mis en valeur. Les amateurs de polars sans prise de tête sauront y trouver leur compte.