Ce film est d'après moi un des plus fort, sinon le plus fort film chinois. Le récit a un rythme "chinois": on ressent très fortement les attentes et les moments du travail, on y voit avec beaucoup de justesse les rapports entre des ouvriers migrants -et donc étranger au "pays" où ils travaillent- et les patrons des mines de charbon illégales (qui ne sont pas plus crapuleux que ça, mais essaient de survivre dans un monde où ils sont eux-aussi coincés-, des rapports entre amis et compagnons de travail, le rôle important de la nourriture (il y a une scène d'achat de poulet dans le marché qui est assez drôle), les rapports de camaraderie qui se nouent entre ouvriers et filles venues se prostituer dans une ville ouvrière (la scène de causette au bordel est d'anthologie), une façon de parler, une vérité dans les dialogues: on est dans la rue, en Chine, quoi ! Les paysages, les vêtements, le comportement, tout est vrai là-dedans. Jia Zhangke le réalisateur chinois qui a été le plus proche de cette vérité, et qui pour cette raison est devenu la coqueluche des européens, n'a jamais réalisé un film aussi juste (même les "plaisirs interdits" ont une dose de romanesque qui est absente de ce film. Je retrouve dans ce film tout ce qui me plaît dans la littérature chinoise contemporaine: cette façon crue de raconter, juste et linéaire, mais extrêmement forte car elle ne dérape jamais dans la métaphore. Cette pureté cristalline du récit est unique et ce fil est le seul film chinois qui reflète cela aussi bien (avec très peu d'exceptions).