Béatrice Martin ou la geste parfaite : un premier album international en tremblement de terre, tant au cœur des midinettes (et midinets) du public populaire que des happy fews, s’enflammant tous au triple galop pour ce nouveau frisson québécois, un scandale dérisoire (quelques photos de nu éparpillées sur le net), et, surtout, des initiatives – la jeune femme enregistre avec Jay Malinowski, chanteur de Bedouin Soundclash, au sein du projet commun Armistice – qui dénotent une authentique démarche artistique, et une vraie volonté de se faire entendre par le plus grand nombre, tout ce qui précède trace à gros traits le parcours d’une artiste qui, sous l’apparence d’une tête bien faite de blonde jolie à croquer, pourrait in fine dissimuler la tête bien pleine d’une authentique créatrice.
Et cela, on va vite le savoir, emporté, ou pas, par les douze chansons en moins de 40 minutes d’un nouvel effort, synonyme de ça passe ou ça casse. Ca passe, et beaucoup mieux encore. Co-produit par Cœur de Pirate et Howard Bilerman (entre autres producteur, doré sur tranche, d’Arcade Fire), composé dans son énorme majorité par la chanteuse, Blonde débute par la mignardise de deux chorales a capella – Les Voix Boréales et les Petits Chanteurs de Laval - en inspiration « Santiano » (« Lève les voiles »), et poursuit glorieusement son chemin avec le premier single issu du programme : « Adieu » et son chant de lutin mutin en cavalcade sur le courant marin des tambours et de la basse, ici comme ailleurs (en l’occurrence les sixties, où croisent, impériales, Nancy Sinatra et Françoise Hardy) clôt la discussion, à savoir que cet album est grand, et impertinent ([…] tu veux bien qu’on reste amis/non, c’est gentil, ça va comme ça/des amis j’en ai plein déjà).
On comprend tout aussi instantanément que les relations entre homme et femme, l’amour, et les 101 manières de s’en débarrasser, ou de le laisser prospérer se sont installés au mitan du disque, grâce à une Québécoise dissimulée derrière ses refrains comme autant d’oripeaux, mais néanmoins jamais avare de confidences près de l’os, entre acidité et candeur. Musicalement, Blonde écrit une nouvelle et brillante page de la pop de chambre francophone, donc fortement connoté aux parfums des guitares réverbérées (Duane Eddy, montre-toi, on t’a reconnu !), et aux harmonies telluriques des basses et de chœurs délicatement pervers. Et développe une esthétique de carrousel, entre country (« Loin d’ici », en duo avec Sam Roberts) et petites merveilles, aussi authentiques qu’addictives (« Golden Baby », « Ava »). Car l’album est protéiforme (de violons extra européens à la suavité vocale en écho d’un Ricky Nelson) et multidirectionnel, rétro et contemporain, doux et suave, gourmand (un « Verseau » trépignant comme une surprise-partie) ou retenu, comme grâce au piano dénudé de « Cap Diamant ».
Avec son premier opus, Cœur de Pirate nous prit par surprise. Dans son deuxième effort, plus coloré, vibratile, et pertinent, elle confirme tous les espoirs que l’on nourrissait à son encontre. En conséquence, un pronostic : Victoire de la Musique de la catégorie. Et un constat : au moins, là, on a été prévenu.
Christian Larrède - Copyright 2012 Music Story