« Alors, en début de soirée, ce 3 août 1962, vint la Mort, index sur la sonnette du 12305 Fifth Helena Drive. La Mort qui essuyait la sueur de son front avec sa casquette de base-ball. La Mort qui mastiquait vite, impatiente, un chewing-gum. Pas un bruit à l'intérieur. La Mort ne peut pas le laisser sur le pas de la porte, ce foutu paquet, il lui faut une signature. Elle n'entend que les vibrations ronronnantes de l'air conditionné. Ou bien… est-ce qu'elle entend une radio là ? La maison est de type espagnol, c'est une « hacienda » de plain-pied ; murs en fausses briques, toiture en tuiles orange luisantes, fenêtres aux stores tirés. On la croirait presque recouverte d'une poussière grise. Compacte et miniature comme une maison de poupée, rien de grandiose pour Brentwood. La Mort sonna à deux reprises, appuya fort la seconde. Cette fois, on ouvrit la porte.
De la main de la Mort, j'acceptais ce cadeau. Je savais ce que c'était, je crois. Et de la part de qui c'était. En voyant le nom et l'adresse, j'ai ri et j'ai signé sans hésiter. »
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10 internautes sur 10 ont trouvé ce commentaire utile
5.0 étoiles sur 5
incontournable,
Par Servane Lusset (Midi-Pyrénées, France) - Voir tous mes commentaires (TESTEURS) (TOP 500 COMMENTATEURS) (VRAI NOM)
Ce commentaire fait référence à cette édition : Blonde (Poche)
Vous aimez Joyce Carol Oates ? Ce livre est pour vous ! Vous adorez Marilyn Monroe ? Ce livre est aussi pour vous ! Et si vous n'aimez pas Marilyn (chose inimaginable pour moi), ce livre est également pour vous !Avant toute chose, il faut préciser que "Blonde" est un roman et si vous voulez lire une bonne bio de Monroe, je vous conseille "les vies secrètes de M. Monroe" d'Anthony Summers. Alors que dire sur ces 1000 pages extrêmement bien écrites, toujours pertinentes ? Oates retrace, de son point de vue, les grands moments de l'existence de la star qui sont également synonymes de grandes métamorphoses. Elle a décidé de prélever des moments clefs de la vie de Monroe, de les transposer, les faisant ainsi passer du côté du "fictif". C'est passionnant. Aidez d'autres clients à trouver les commentaires les plus utiles
5 internautes sur 5 ont trouvé ce commentaire utile
5.0 étoiles sur 5
Une Bio-Romance troublante & hypnotique,
Par Nemesis (Paris, France) - Voir tous mes commentaires
Ce commentaire fait référence à cette édition : Blonde (Poche)
Ce pavé (plus de 1000 pages) est un véritable tour de force dont l'auteur se sort à merveille.Une lecture étrange, fouillant les fins fonds d'une ame solitaire et troublée dont J.C Oates semble prendre possession par l'au-delà Une vérité romancée et pourtant plus vraie que nature ! Certains passages sont extrêmement tristes et font apparaitre un être rongé par le désir d'être aimé et pourtant si solitaire. Seules les dernières pages remettent à l'esprit qu'il s'agit véritablement d'un roman et non d'une biographie car sinon, il est troublant de se laisser flotter entre rêves & réalité. A conseiller vivement aux fans et à ceux curieux du destin de la plus mythique des actrices. Pour ceux qui recherchent ensuite une véritable bio, celles de Maurice Zolotow (la plus classique dans sa forme et son sérieux) et de Donald Spoto (cette dernière faisant la lumière la plus vraisemblable sur les énigmes entourant la mort de MM) sont à privilégier. Aidez d'autres clients à trouver les commentaires les plus utiles
8 internautes sur 9 ont trouvé ce commentaire utile
5.0 étoiles sur 5
Mythe, réalité, fiction,
Par
Achat authentifié par Amazon(De quoi s'agit-il ?)
Ce commentaire fait référence à cette édition : Blonde (Poche)
Le propos du vrai-faux roman consacré à Marilyn Monroe par Joyce Carol Oates n'est pas tant d'exposer l'image publique de la star que de nous mettre en présence de la personne privée (Norma Jeane Baker) que fut celle-ci, ou qu'elle aurait pu être.Loin de se limiter au spectacle et au glamour (Marilyn), l'auteur, qui s'autorise d'une parole de Schopenhauer (« Vie et rêve sont les feuilles d'un même livre »), où l'on peut voir la justification profonde de son audacieuse entreprise, nous propose dans ce long roman paru en 2000 (1110 pages dans l'édition française de poche) une approche psychologique nourrie de références à Freud, qu'elle cite : « Jamais ceux qui partagent une illusion ne la reconnaissent comme telle. » Professant que « le cinéma est la religion américaine », J. C. Oates développe avec crudité un récit qui n'a pas manqué d'être perçu par une partie de ses lecteurs comme franchement iconoclaste. Comme « le corps précède le langage », elle met par exemple l'accent sur les odeurs corporelles. Ainsi quand Norma Jeane rend visite à sa mère, définitivement hospitalisée pour schizophrénie paranoïde, elle évoque « les odeurs rances des asiles de fous californiens où sa mère avait été enfermée » : "Elle fondit en larmes et étreignit sa mère, qui sentait les cendres mouillées, les vêtements humides, l'urine." Ainsi après l'amour (« Cet appartement ! Tu sais ce qu'il sent ? Le vieil amour rance. Le sperme séché sur les draps. ») : "Elle avait ce regard vitreux de quelqu'un qui vient d'être baisée. Et cette odeur qui ne trompait pas." Ce qui s'échappe du corps est décrit avec réalisme : "Norma Jeane réussit à se racler la gorge et à cracher un caillot de flegme verdâtre dans un mouchoir." Ou encore : "Il la trouverait nue en train de geindre et de griffer la porte et s'apercevrait avec alarme et dégoût qu'elle s'était souillée. Pas pour la première fois." L'auteur de Blonde ne recule devant aucun sujet. Les toilettes, pourquoi pas ? "Parfois elle oubliait de tirer la chasse." Oates, qui n'hésite pas à aborder de façon très explicite la sexualité, y compris dans une scène de viol conjugal d'une grande violence, utilise sans réserve les mots pénis, vagin, et même bite ou con, sans craindre de restituer la vulgarité supposée de certains protagonistes. Norma est en cinquième et elle a douze ans : "Dans la chaleur lourde du gymnase, elle avait laissé tomber le ballon quand un liquide chaud avait coulé dans l'entrejambe de sa culotte." Et plus loin : "La pauvre gosse saignait comme un cochon égorgé." Plus loin encore : "Elle vivait dans la terreur que des chiens ne reniflent son entrejambe humide." La nuit de noces (à seize ans !), avec un jeune mari en état d'ébriété, s'avère sordide : "Un flic-flac de peaux suantes." Pourtant, les jeunes époux vont aimer l'amour, même pendant les séances de cinéma : "La main de Norma Jeane trottina comme une souris entre les cuisses de Bucky. Pris au dépourvu, Bucky murmura : « Mmm, Bébé, pas maintenant, hé ! »Mais il se tourna vers elle, l'embrassa avec ardeur. (...) Leurs sièges tremblèrent. Ils haletaient comme des chiens." La guerre mondiale les séparera bientôt et Norma Jeane est censée avoir connu dans les années qui vont suivre un nombre considérable d'amants, la plupart très célèbres, dont Blonde dresse la longue liste. Autre liste, celle des psychotropes auxquels Norma, qui ne dédaignait pas non plus le Don Pérignon, aurait été accoutumée : Benzédrine, Dexedrine, Miltown, Dexamyl, Seconal, Nembutal, etc. Petite pin-up délurée de L.A., qui pour cinquante dollars avait posée nue pour un calendrier, devenue en dix ans une vedette à la filmographie prestigieuse (Les hommes préfèrent les blondes, Certains l'aiment chaud, Le Prince et la danseuse...), l'Actrice blonde va faire l'objet de folles rumeurs : "Monroe avait avorté une douzaine de fois, sniffait de la cocaïne, se shootait à la benzédrine et au phénobarbital, et avait subi six lavages d'estomac au seul hôpital Cedars of Lebanon." N'ayant jamais connu son père (un employé d'Hollywod), « la vie qu'elle avait choisie pour justifier sa naissance injustifiée » était habitée d'un immense besoin de reconnaissance, d'où un perfectionnisme sans limite (elle demandait à refaire beaucoup de prises) : "Elle voulait être reconnue comme une grande actrice et aimée comme un enfant." C'était son letimotiv : "I wanna be loved by you !" Joyce Carol Oates fait sentir ses failles (bégaiement, maladresse) et nous donne à entendre ce qui en dernier ressort habite l'âme de Norma : "Je crois que je n'ai jamais cru que je méritais de vivre" (I guess I never believed that I deserved to live). L'Actrice blonde, qui alliait une véritable fragilité à un corps de rêve, menant de front une vie publique surexposée et une vie privée des plus chaotiques, sera finalement brisée par la rapacité d'un impitoyable système, dont Oates pointe l'idéologie mortifère. Jugé déprimant par certains de ses lecteurs, le roman Blonde, qui s'ouvre sur un prologue funèbre des plus impressionnants, ne gomme pas plus la question de la mort qu'il n'élude la sexualité. "Cinq heures, c'était le temps minimum que les maquilleurs passaient sur elle, autant que pour préparer un cadavre, disait Norma." Ou encore : "Whitey et l'équipe de Monroe se mettaient au travail sur elle comme on ressuscite un cadavre." Au terme de sa brève carrière - elle meurt à trente-six ans -, Marilyn, qui n'a semble-t-il connu qu'une courte période d'apaisement, auprès d'Arthur Miller (désigné dans le roman comme le Dramaturge), entrevoit l'ultime vérité : "Un corps à la morgue." C'est à la morgue qu'elle fut transportée après son décès, où fut prise une photo glaçante qui circule aujourd'hui sur Internet, avant de resurgir quelques années plus tard en icône mondialisée, par la grâce du pop art. Au long de cette vraie-fausse biographie, magistralement conduite sous la forme d'un récit à plusieurs voix, le lecteur se trouve à la fois démystifié (retour du mythe à la réalité) et remystifié (passage de la réalité à la fiction). Demeure une certitude essentielle, délivrée par l'auteur : "La vie est ce qui s'évanouit, l'art ce qui reste." Aidez d'autres clients à trouver les commentaires les plus utiles
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