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Icône new wave aux yeux soulignés de khôl et aux cheveux en pétard, Robert Smith émerge enfin du profond silence (à peine entrecoupé de disques live et autres compilations de singles) qui a suivi la sortie de
Wild Mood Swings en 1996. Les médisants qui se demandent comment Robert Smith, désormais quadragénaire et accablé d'un léger embonpoint, peut encore incarner le mal de vivre d'une génération devront se taire.
Bloodflowers clôture à merveille la trilogie imaginaire commencée avec
Pornography (1982) et relayée par
Disintegration (1989) dans une continuité mélancolique débarrassée du moindre cliché pop. Le line-up a beau évoluer, The Cure reste la vision d'un homme, solitaire et romantique, qui n'hésite pas à faire pleurer sa guitare sur des titres de plus de dix minutes ("Watching Me Fall "). Annoncé comme le dernier album de The Cure (puisque Robert Smith écrit un script inspiré du travail des frères Coen qu'il aimerait bien confier à Tim Burton),
Bloodflowers célèbre les vingt ans d'une carrière tracée à coups d'envolées lyriques dans un univers claustrophobe illuminé du timbre désenchanté de la voix de Robert Smith. Cure un jour, Cure toujours.
--Sabrina Silamo
Critique
Onzième album studio, ambiance fin de siècle et fin du groupe, beaucoup (dont Robert Smith) pensaient alors qu’il s’agirait du dernier. Ce sera effectivement le dernier pour Fiction, label historique de la formation. The Cure tourne le dos à la pop façon
Wish et aux tâtonnements stylistiques de
Wild Mood Swings (1996) pour un retour conscient vers ses fans de la première heure, un effort volontaire pour produire un Cure « classique », conçu comme la troisième partie d’une trilogie comprenant
Pornography et
Disintegration.
Mais contrairement à ce qui caractérisait ce dernier disque, la morosité n’est pas ici contrebalancée par de grandes chansons pop. Il n’y aura d’ailleurs pas de véritable single tiré de l’album, juste deux singles promotionnels,
« Out Of This World » et
« Maybe Someday », qui ne sera qu’un hit mineur à la radio américaine. Le succès commercial de l’album sera également moindre (n°16 du Billboard, tout de même) mais celui-ci sera nominé aux Grammy Award comme « Meilleur Album de musique alternative » (quoi que cela veuille dire…).
Contrairement à ce qui se passait à la grande époque de
Kiss Me, Kiss Me, Kiss Me et
Disintegration, The Cure ne semble plus réussir à convaincre simultanément ses fans, la critique et le grand public. Ici, il fait le choix de décevoir ce dernier. Le résultat est un très beau disque, riche et sombre, à l’image des fameux
Seventeen Seconds,
Faith ou
Pornography.
Stan Cuesta - Copyright 2012 Music Story