Il est pénible d'avoir encore à défendre cette oeuvre ultime (dans tous les sens du terme, puisque le réalisateur est mort avant même la sortie en salle de "Salò") de Pasolini, 35 ans après... Oui, ce film est choquant ; oui, il est répugnant ; oui, il est insupportable... C'est-à-dire, globalement, des adjectifs qu'on peut sans peine appliquer aussi à l'être humain (qui a été capable de se montrer tout cela à la fois, au cours de son histoire pas si lointaine...) Mais de grâce : que celles et ceux qui trouvent "Salò" juste "dégueulasse" et rien d'autre (résumer ce film impensable à "des gens qui mangent leur caca"... il faut le faire !) nous épargnent leurs commentaires rétrogrades et ignorants. Si vous ne voulez voir que des "jolies" choses, si vous trouvez que l'homme est une créature qui s'est montrée de tout temps formidable, belle, gentille, incapable de penser à mal, continuez de vous gaver de bluettes hollywoodiennes, de TF1 et de Walt Disney, continuez de fermer les yeux, les oreilles et le cerveau... Aux autres, je conseillerai simplement (après vous être assurés tout de même que vous avez l'estomac bien accroché !) de regarder "Salò" en face, de face, pour ce qu'il est : l'oeuvre d'un humaniste qui contemple (et nous fait contempler avec lui) ses semblables, ce qu'ils ont fait, ce qu'ils pourraient bien refaire à nouveau si l'on ferme les yeux comme beaucoup. L'oeuvre d'un artiste qui parie sur l'intelligence du spectateur, qui vise son esprit avant son coeur. Non, "Salò" n'est pas un divertissement. Et c'est sans doute cela qui déplaît tant à celles et ceux qui ne veulent pas voir de choses laides. Montrer la laideur, c'est pourtant AUSSI ça, la fonction de l'art.