Je ne suis pas particulièrement amateur d'harmonica ; à la limite mon a priori serait plutôt négatif. Et je ne connaîs pas grand-chose au blues. Concernant l'harmonica je ne connaîs guère que le travail de Toots Thielmans avec Quincy Jones et j'ai pu assister à quelques concerts d'Olivier Ker Ourio ces derniers temps: dans les deux cas on n'est pas tout à fait dans l'idiome du blues...
Je me suis donc risqué à l'écoute de cet album sur la foi des invités dont j'admire le travail: Howard Johnson (jazzman tout-terrain au tuba), Terry Callier (chanteur discret au style original), Gil Scott-Heron (écrivain, poète et chanteur, considéré comme l'un des inventeurs du slam et du rap et, depuis la fin des années 1960, inlassable pourfendeur des vicissitudes de l'Amérique de son époque. Scott-Heron, au moment de BLUE 3RD, était en pleine traversée du désert, et j'ai souvenir d'un entretien télévisé avec Milteau qui décrivait ses difficultés pour faire entrer l'artiste en studio à un moment où il fréquentait surtout la prison pour consommation de stupéfiants. Bel effort de Jean-Jacques, donc, qui tenait à la présence de cette incontournable figure de la culture afro-américaine sur ce disque - pour le morceau le plus funky de l'album, "Home is where the hatred is". A l'heure où j'écris, Scott-Heron vient de sortir un nouveau CD après des années de silence discographique, titré I'M NEW HERE et que je n'ai pas encore eu l'occasion d'écouter mais cela ne saurait tarder... Bref). Dernière invitée: N'Dambi, chanteuse inconnue de votre serviteur, bien intégrée à cette musique mais pas la plus convaincante du lot.
Si l'album n'est pas uniquement axé sur le blues ("What a wonderful world"), il est en revanche uniformément excellent, grâce en partie aux arrangements adéquats de Benoît Sourisse, complice d'André Charlier et énergique organiste. L'ensemble est homogène, mais chaque morceau a sa personnalité. Pas d'ennui et pas de redite, et la prise de son est chaleureuse à souhait. Les sons du Fender Rhodes font des merveilles dans ce contexte. Quelques titres sont même de petits chefs d'oeuvres, tels ce "Paris Blues" gorgé de feeling avec un Callier impérial. L'harmonica de Milteau sait ne pas se faire trop insistant et laisse de l'espace à ses partenaires: autre bonne initiative de cet album, qui constitue une franche réussite musicale.