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Blueest l'album de la maturité, certainement l'un des sommets de la carrière de Joni Mitchell avec
Hejira. Autant ce dernier, réalisé à quelque six ans d'écart, sera fouillé, autant celui-ci est recueilli et dépouillé. L'accompagnement (une guitare, un piano) est réduit au strict minimum même si quelques amis dont Stephen Stills et James Taylor, son amant du moment, sont venus prêter main forte ; plus tard, la dame s'entourera des grands noms du jazz, étoffant ses arrangements de façon considérable, tournant sensible à partir de
Court And Spark réalisé en 1974. Pour l'heure, chaque thème est chanté sur le ton de la confidence, mêlant dans un même élan préoccupations intimes et sociales d'un point de vue féminin qui marquera jusqu'aux plus engagées des
riot grrrls dont Kim Gordon de Sonic Youth. Les retombées se feront d'ailleurs ressentir jusque chez le pianiste de jazz Keith Jarrett qui reconnaît en
Blue un album marquant.
--Philippe Robert
Critique
« Je percevais beaucoup de haine dans mon cœur… mon incapacité à aimer », reconnaît Joni Mitchell à propos de
Blue. Après trois albums en progression constante, onpeut considérer
Blue comme le premier chef d’œuvre de sa carrière. Au lieu des jolies peintures bucoliques exécutées par la chanteuse sur
Clouds et
Ladies of the Canyon, la pochette de ce quatrième disque est une photo aux tons sombres et bleutés de son visage en train de chanter, les yeux clos, comme habitée. Jamais Joni Mitchell ne s’est autant mise à nu : elle demande que pour ses prises de chant, tous les musiciens quittent le studio hormis l’ingénieur du son. Le disque, par son unité de ton et de thème, capte l’auditeur au point de lui donner l’impression d’être présent dans la même pièce que la chanteuse. Tout en restant un de ses albums les plus personnels, Joni Mitchell ouvre son univers à d’autres musiciens dont les habitués de la scène californienne : le guitariste Stephen Stills, le joueur de
pedal steel « Sneaky » Pete Kleinow et surtout James Taylor, son amant du moment. La plupart des chansons traitent de leur relation passionnée avec véracité et acuité sans exclure tendresse et vulnérabilité. Vocalement, Joni Mitchell s’inspire de James Taylor s’accordant plus de liberté dans ses inflexions en intégrant un phrasé proche du jazz. Le titre de l’album,
Blue, qui revient dans beaucoup de morceaux, évoque soit ce fameux « blues » mélancolique ou les notes bleues qu’on trouve dans cette musique. Suite de chansons sur les joies et misères de l’amour,
Blue marque une étape dans l’écriture des textes : Joni Mitchell s’affranchit du style affecté des précédents recueils et adopte une écriture plus aiguisée pour descendre au tréfonds de son âme.
« All I Want », joué sur un dulcimer ramené d’un voyage en Grèce est une déclaration de foi : elle y narre son désir d’aventure et d’épanouissement et son vœu d’être une amante aux petits soins.
« Carey » chanson enjouée traite avec ironie de son voyage en Grèce comme
« California », où elle se penche sur son mal du pays. Le ton peut être plus grave et bouleversant sur
« River» qui évoque sa propre dureté dans l’amour,
« Little Green » sa fille abandonnée à l’assistance et
« A Case of You » où elle conte une rupture douloureuse. Les ballades au piano
« My Old Man » et
« Blue » dégagent une tristesse contagieuse tandis que
« The Last Time I Saw Richard » est un règlement de compte cruel avec son ex-mari. Premier chef d’œuvre de sa carrière,
Blue reste le classique du style « confessionnel » établi avec d’autres auteurs compositeurs comme Jackson Browne, James Taylor et plus tard Carole King qui l’adoptera avec encore plus de succès avec
Tapestry.
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