La différence chez le Cult ce n'est ni le look clouté, ni la SF de Sandy Pearlman et Michael Moorcock, c'est l'intelligence (et le fait aussi d'être meilleurs musiciens que bien d'autres à l'époque). Ce premier disque est une perle noire où le hard rock qui s'y invente vient durcir les guitares au fil de compos où une étrange musique faite de pop, de blues rock, d'arrangements psychédélique (écoutez donc les guitares et le son de «Screams», pop song caverneux venu depuis la côte Ouest s'encanailler chez les intellos new yorkais que le summer of love fait ricanner), de clavier à la Doors, de riffs appuyés qui évoquent parfois Steppenwolf (dont le Cult saura transcendé plus tard le «Born to Be wild», tous cela témoigne de la subtilité de ce groupe. Arrangements rien moins qu'évidents, choeur inattendus, orgue veinéneux, timbre impérial et moqueur de Bloom, et surtout l'arme secrête du Cult : Donald Roeser, une des très grandes lames du rock US, qui d'emblée dès le premier album vous sort son «Stairway to heaven», son «Freebird» qu'il propulsera vers des sommets déchirants dans la version du livre «On your feet...».Le Blue Oyster Cult est le contraire d'un groupe de Heavy Metal (Sabbath, Priest, etc), il joue son rock de façon théâtrale, narrative, mettant en scène des petits récits SF, fouillant sa mythologie urbaine, délaissant la chaleur noire venue du blues pour une vision froide, une lumière blanche, tranchante. On pense à ce son que Lou Reed développera sur «Rock n' roll animal», mais le Cult n'a pas vraiment d'égal, il est seul à cette époque à développer ce son et cet imaginaire. Et puis, c'est sur ce disque que se trouve le monumental et désormais classique «Cities on flame with rock n' roll» (argh, mais quel riff!). Suivront encore deux albums d'exceptions «Tyranny and Mutation» et «Secret Treaties» avant que nous ne revètions les robes de cuirs noires pour la grande messe du double live, «On your feet or on your knees». A cela il faut ajouter que les remasters de ces trois premiers CDs offrent des bonus moins anecdotiques qu'il n'y paraît et qui révèlent le talent sombre du culte de l'huitre bleue.