Géronimo, Wyatt Earp et Doc Hollyday, Tombstone et OK Corral...
Seul aux commandes après la disparition du scénariste Charlier, Giraud convoque la grande légende de l'Ouest et remet à zéro tous les codes de la série, dans un style narratif très libre et entièrement renouvelé, avec un souci constant et frappant de réalisme. Le détail du dessin et la colorisation n'ont jamais été aussi poussés (les expressions, les scènes de foule et les effets d'éclairage sont impressionnants) : adieu (sans regret) aux cases monochromes et aux petits commentaires en haut de vignettes.
Rupture aussi avec le rythme effréné de la série d'action : pas (encore) de vraie intrigue, mais des fils conducteurs entremêlés, riches en personnages secondaires et en ambiances pittoresques, passant sans transition d'une violence terrifiante à une ironie burlesque, le tout convergeant plus ou moins vers un Blueberry... méconnaissable : un anti-héros accessoire, passif et blasé qui passe tout l'album assis à une table de poker. Les lecteurs fidèles y perdront sans doute quelques repères... et les nouveaux se demanderont dans quelle série ils sont tombés.
Cet album, un peu déconcertant mais finalement très réussi, aurait pu s'achever par « fin » au lieu de « fin de l'épisode » - et son sens aurait été tout autre. Giraud ne l'a pas voulu, peut-être à cause de ce gros écrivain venu de Boston, alléché par les récits des exploits du héros, pour écrire « une oeuvre majeure sur l'aventure de la conquête de l'ouest, les mémoires de Blueberry un héros de la frontière »...
Puisque le ton est à la rupture, au réalisme et à la liberté, la suite de ce prologue très construit s'annonce intéressante...