Copieusement plombé à la fin de l'album précédent, qu'il avait passé assis à une table de poker, Blueberry miraculé passe donc celui-ci... couché au lit. Tandis qu'à l'extérieur, les Clanton sèment la terreur en faisant accuser Géronimo, il convoque son biographe pour lui raconter « quelque chose d'important, qui se cache dans le passé et qu'il a oublié », en rapport avec Géronimo justement...
Giraud réussit une jolie mise en abyme de sa propre carrière (avec quelques clins d'oeil), avec le personnage de l'écrivain Campbell, collecteur des aventures de Blueberry dans les aventures de Blueberry. On ne saura jamais quelles expériences personnelles l'auteur solde à travers ce personnage clownesque, tellement ridicule qu'il en devient sympathique, affolé à l'idée d un « héros » ivre mort dans le fumier d'une porcherie. Lesté d'un nom de marchand de soupe industrielle et d'un physique de barrique, bourré d'orgueil et de médiocrité (entre autres défauts), il est surtout très bien-pensant et n'hésite pas à envisager de censurer son conteur - non, « Holàà ! Pas de grands mots ! Il s'agit d'enjoliver, heu... d'atténuer ! ». Mais, moins secondaire qu'il n'y paraît, c'est lui qui inaugure le cycle, qui amène Blueberry à conter son histoire « importante et oubliée », et qui lui sauvera plusieurs fois la mise, comme un bon scénariste...
Giraud, lui, semble préférer les anti-héros pas trop conventionnels, comme l'histoire de l'Ouest qu'il commence à raconter...