Ce commentaire s'adresse à ceux qui connaissent déjà le groupe, car, pour les autres, il faudrait d'abord expliquer à quel point il est atypique, original, brut et sans afféterie, mêlant instruments acoustiques comme violons, violoncelle, et contrebasse aux guitares électriques et à la batterie, et que cela produit une musique émotionnelle et souvent douloureuse à un point qui contraste vigoureusement avec ce qu'on entend dans les médias... Il faudrait aussi préciser que la voix du chanteur, Effrim Menuck, n'est pas sortie d'un conservatoire, qu'elle est fragile et poussée aux limites de ses capacités, entre Johnny Rotten et Vic Chesnut, et surtout qu'elle est bouleversante dans sa maladresse...
Suite logique d'"Horses in the sky", cet album a un ton plus rock, et gagne encore en intensité. Le chant devient vraiment lancinant, les morceaux sont plus longs que sur l'album précédent (entre 13 et 16 minutes !), plus complexes, plus composés, et d'une grande puissance dramatique. Même si le compteur de votre lecteur CD affiche 16 plages, donc apparemment 16 morceaux, l'album n'en contient en fait que 4 (de 13 à 16), les 12 premiers n'étant qu'un défilement du compteur, en une minute, de plages de 5 secondes, sur un seul son électronique... Une facétie pour brouiller les pistes parmi d'autres... "1000000 died to make this sound" qui ouvre l'album commence par un chœur presque a cappella répétant le titre, s'épaississant par l'arrivée de la batterie, puis des guitares électriques, morceau puissant, incantatoire, rythmé par le violoncelle et la contrebasse, où les voix se font gueulantes un peu à la manière punk (pas très mélodieuses), l'ensemble formant un assez joyeux foutoir, très efficace en concert. "13 blues for thirteen moons" (16 minutes), qui suit, est le meilleur morceau de l'album, et un des tout meilleurs du groupe, commençant par de grands coups de batterie introduisant la voix criarde de Menuck, amplifiée par les chœurs et les guitares, dans une tension puissante, désespérée, magnifique. "Black waters blowed/Engine broke blues" n'a pas la même force, enchaînant une première chanson où la longue plainte chantée manque de direction mélodique, jusqu'à ce qu'un refrain émouvant donne du relief, de la force, de la beauté après les 5 premières minutes, appuyé par la batterie et les guitares, avant de reperdre un peu d'intensité... "Blindblindblind", le dernier morceau, est aussi le plus léger, le plus positif, le moins prenant, mais reste recommandable. Bref, un disque avec des tripes et de la fièvre autant que vous en voulez, avec toujours le côté amateur et foutraque de Silver Mt Zion, peut-être ce qui s'est fait de plus déchirant en musique des années 2000...