C'est un des albums les plus célèbres de John Mayall, parrain du blues anglais, animateur des Bluesbreakers, son groupe polymorphe, qui a vu défiler toute la fine fleur des guitaristes anglais : Eric Clapton, Peter Green, Mick Taylor, John Mc Vie...
Intéressons nous un peu au bonhomme. John Mayall est né en 1933, et ne commence réellement à jouer qu'à 30 ans. Enfant il apprend le piano, qui reste son instrument principal, mais joue aussi de l'harmonica et de la guitare. C'est dans l'Angleterre des années 60, bercé au son des disques de jazz et de blues (notamment JB Lenoir) qu'il entreprend sa carrière, une des plus fabuleuses et prolifiques du genre. Dans son autobiographie récente
Clapton par Eric Clapton Eric Clapton racontait qu'être un Bluesbreakers, ça se méritait. Plus âgé que ses musiciens, Mayall exige de la discipline, du travail, et... pas d'alcool ! Marié, père de famille, illustrateur de SF, l'homme - plutôt bourgeois - détonne dans le paysage musical de l'époque. Propriétaire d'un van spécialement aménagé, pour transporter son Hammond B3, et les musiciens du groupe qui y dormaient en tournée. Le patron pouvait avoir ses garnements à l'oeil !
BLUES FROM LAUREL CANYON est enregistré en trois jours, à Londres, et sort en 68. Stephen Thompson tient la basse, Colin Allen les baguettes, et Mick Taylor la guitare, alors âgé de 19 ans. L'album parle du voyage qu'effectua Mayall en Californie (avant de s'y installer pour 10 ans) dans le fameux Laurel Canyon, repère de musiciens venus se ressourcer en air pur et LSD, peuplé de hippies vivant dans des bicoques en pleine nature. Mayall y croise Franck Zappa, Canned Heat, dont il parle sur deux chansons (« there's a hero living at 2401 and all around... got his Mothers working while you're having fun, trying to change the system » ; « All the men of Canned Heat are part of my familly »). Arthur Lee de LOVE, Jim Morrison, Joni Mitchell y trainent aussi leur blues. Le disque commence par le son d'un avion, et le voyage commence...
Un voyage magnifique, d'abord psychédélique sur le premier titre « Vacation » où d'entrée de jeu Mick Taylor prend un chorus de guitare très sixties. Les morceaux s'enchaînent (réellement) et le blues pur pointe son nez, moelleux, avec de superbes solos d'orgue (« Miss James ») ou d'harmonica. Le titre éponyme est une pure merveille de dépouillement, Mayall au piano, seul, sa voix douce décrivant le soleil, le vent, la plénitude de se trouver là. Parfois jazzy, alternant morceaux bien balancés, et lentes évocations aériennes (« First Time alone »), l'album se clôt sur un titre de 9 minutes, « Fly Tomorrow » où Taylor fait des étincelles sur un long crescendo, avant un retour au calme, progressif, comme une descente réussie après un bon trip.
BLUES FROM LAUREL CANYON est un petit chef d'oeuvre, une pure merveille de sensibilité, de poésie, qui possède une réelle atmosphère, une ambiance teintée des rêves de ces années-là, à l'image du couple Kooper/Bloomfield,
The Live Adventures of Mike Bloomfield and Al Kooper une autre manière d'aborder le blues.