Afrik.com
Il se voulait le " papa "de tous les Centrafricains mais le fils de Charles De Gaulle. Il vénérait son " cher parent " Valéry Giscard d'Estaing qu'il couvrait de plaquettes de diamants à chacun de ses passages à Bangui. Si Jean-Bedel Bokassa, officier de l'armée française, maréchal président à vie, premier empereur de Centrafrique, était considéré par tous, comme le " bouffon nègre " de l'Afrique, c'est aller vite en besogne sur une chose : cette " bouffonnerie tropicale " a été soutenue, financée, organisée pendant treize ans par la France, trop soucieuse de perpétuer un siècle de présence en Centrafrique.
De 1966 à 1979, treize ans de règne sanglant, de détournements financiers à peine maquillés, en somme une " dictature ordinaire " menée par un soudard mégalomaniaque et infantile. Pendant cette période, la France ne fera aucun commentaire sur le régime. Seules comptent la " santé financière de l'Etat, et celle, excellente à l'époque, des expatriés européens sur place ".
Faire toute la lumière sur la responsabilité française, ne pas réduire l'histoire à la personnalité fantasque et complexe d'un seul homme : voilà le grand mérite de ce document édifiant. Les deux auteurs, Stephen Smith et Géraldine Faes, ont enquêté dans les coulisses de la vie intime et politique de Bokassa : 93 protagonistes témoignent, chefs d'Etat français et africains, ambassadeurs, journalistes, l'épouse française de Bokassa, nombre de ses enfants, etc. Les auteurs ont interviewé Bokassa à sa sortie de prison en 1993 puis avant sa mort en 1996.
L'ouvrage rouvre notamment le dossier trop vite refermé des diamants qui a accompagné la chute de Valéry Giscard d'Estaing. La lecture de cette première grande biographie est salutaire à plus d'un titre. Car si Bokassa reste " indéfendable ", il n'est ni plus ni moins que " l'archétype de toute une génération de dirigeants dans les anciennes colonies françaises du continent ", " un satrape assez ordinaire de la Françafrique, ce continent fusionnel dont on parle tant depuis qu'il n'existe plus ". -- Esther Del Pinto --
Présentation de l'éditeur
Car si l'on a brodé sur le "soudard" de la coloniale qui s'est offert un couronnement impérial, sur ses délires mégalomaniaques, son anthropophagie prétendue et l'amitié trahie avec son "cousin" Valéry Giscard d'Estaing, on oublie trop souvent que, pendant treize ans, cette "bouffonnerie tropicale" a été un règne ordinaire soutenu par la France. Plutôt que de mettre en scène un "roi nègre" en habits napoléoniens, il restait à démonter les ressorts et les appuis de cette tyrannie, à revenir sur un sacre co-organisé par la France, à rouvrir le dossier de "l'affaire des diamants" et à éclairer un passé riche en révélations scandaleuses.
