Cette interprétation extraordinairement subtile de "Ma mère l'oye" cisèle la matière la plus fine et délicate qui soit.
On aura rarement entendu textures plus diaphanes ("pavane"), plus irisées ("danse du rouet"), plus clairsemées ("laideronette").
Cette transparence est d'autant plus remarquable qu'elle est obtenue d'un orchestre habituellement plus épais.
On pourra juste déplorer que la prise de son lointaine et aseptisée en vienne à volatiliser la saveur des timbres, et que ces éthers ne finissent par faire oublier une narration dont l'imaginaire est si éloquent sous d'autres baguettes.
Dans la "Rhapsodie espagnole", Charles Münch à Boston ou Paul Paray à Détroit obtenaient une séduisante faconde avec des orchestres pourtant denses et consistants. Dans la présente lecture berlinoise, c'est l'inverse : englué dans des langueurs post-romantiques ("prélude à la nuit") ou embrumé dans des ambiances obscures, raréfiées, le discours me pèse.
Est-ce l'acoustique du lieu ou la prise de son qui volatilise la matière sonore ? Je n'entends qu'un comble d'artefact qui donne envie de revenir illico à la simplicité de Cluytens.
Pour le "Bolero", le raffinement de la précédente version de Boulez (à New York) me paraît ici virer à la préciosité. La mise en place est pourtant parfaite, les solistes sont parmi les meilleurs du monde.
Mais la musique tourne à vide, avec une certaine arrogance, sans que j'y trouve une connivence, un quelconque plaisir d'écoute.
Je suis sans doute mauvais public car vous trouverez pléthore de critiques et de mélomanes qui ont apprécié ce disque.
Je n'ai peut-être pas tout compris.