Destination Bolivie
La Bolivie est le pays des superlatifs. Cette nation enclavée, la plus haute, la plus isolée et la plus accidentée de l'hémisphère, connaît des conditions climatiques extrêmes - froid glacial, vents violents et chaleur étouffante -, et comprend des régions parmi les plus désertiques, les plus salées et les plus marécageuses du globe. C'est aussi une terre de paradoxes : pays le plus pauvre d'Amérique du Sud, la Bolivie est l'un des plus riches du continent en ressources naturelles. Mais c'est aussi : avec plus de 60% d'habitants d'ascendance indienne - Aymarâ, Quechua et Guarani -, le pays sud-américain comptant la plus forte population indigène.
Les trésors naturels de Bolivie, des pics vertigineux aux hallucinants déserts de sel en passant par les vastes étendues de jungle et les herbages riches en faune, sont aussi nombreux que magnifiques. Découvrir la culture du pays - ses traditions bien vivaces et ses villes coloniales préservées -, promet le ravissement le plus complet. Alors que la plupart des visiteurs se cantonnent aux itinéraires connus de l'Altiplano, d'autres merveilles restent à découvrir ailleurs, notamment dans les denses forêts tropicales et sur les cordillères enneigées. Si la Bolivie fait aujourd'hui partie des destinations prisées, elle demeure encore en grande partie intacte et indomptée. Une véritable aubaine pour les voyageurs intrépides mais une source constante de problèmes pour les Boliviens - dont les formidables paysages ont subi des transformations radicales ces dernières années.
Depuis 2005, la Bolivie traverse une véritable révolution qui a pour nom Evo Morales, ancien cocalero (cultivateur de coca) et premier président indien du pays. En janvier 2009, il a fait voter une Constitution des plus novatrices. Approuvée par 67% de la population via un référendum national, elle accorde des droits inédits jusqu'ici à la majorité indienne du pays et autorise le président à briguer un second mandat de cinq ans.
Si ce fut une excellente nouvelle pour la classe ouvrière et la population indigène des hauts plateaux de l'Ouest, il n'en fut pas de même pour d'autres Boliviens. Les classes moyennes et la haute bourgeoisie, en particulier dans les provinces de l'Est, riches en ressources énergétiques, critiquent vivement les positions anticapitalistes et l'idéologie socialiste de Morales. Cette opposition a conduit à de violents affrontements (11 morts) dans le département "sécessionniste" de Santa Cruz en septembre 2008. Par ailleurs, une tentative d'assassinat contre le président aurait été déjouée en avril 2009.
Autre sujet brûlant : le procès de l'ancien président, "Goni" Sánchez de Lozada, accusé aux côtés de seize membres de son cabinet, d'être responsable de la mort de 67 personnes durant les manifestations qui se sont déroulées à La Paz en 2003. Le procès s'est tenu par contumace en mai 2009 ; Goni vit toujours dans le Maryland et la vaine demande d'extradition réclamée aux États-Unis n'est qu'un des sujets épineux (dont celui de la culture de la coca) qui continuent d'opposer les deux pays. Depuis les pourparlers diplomatiques du printemps 2009, les relations semblent s'améliorer petit à petit.
Réélu en décembre 2009, Morales doit, outre les conflits internes, aussi négocier le problème délicat des réserves de lithium (les plus importantes au monde) jusqu'ici inexploitées. Comment réussira-t-il à maintenir une cohésion au sein de ce pays écartelé entre deux extrêmes ? Comme on dit en Bolivie : vamos a ver (on verra bien)...