Pour quelqu’un qui, comme Morrissey, a grandi dans les années 60, et a été fortement marqué par la culture musicale de cette époque, le 45 tours (ou « single ») reste forcément cet objet mythique qui porte en son sein la quintessence de l’esprit « pop ».
Essentiel au développement des Smiths (dix-sept singles en quatre ans, dont neuf ne figurent sur aucun album studio), ce format a fort logiquement pris une importance égale au début de la carrière solo de Morrissey.
Ainsi, les deux premiers extraits de
Viva Hate («
Suedehead » et «
Everyday is like Sunday ») ont été instantanément promus au rang de « classiques », et ont surtout donné l’occasion au chanteur de proposer des faces B dont la qualité mélodique («
Hairdresser on fire ») et l’inventivité sonore («
Disappointed ») n’avaient rien à envier aux titres présents sur l’album.
Mieux encore : les cinq singles qui ont suivi auront été les seuls signes de vie donnés par Morrissey durant les trois années séparant
Viva Hate de
Kill Uncle. Alternant les morceaux de bravoure plein de panache («
The last of the famous international playboys ») et des tentatives d’expérimentation aux résultats plus aléatoires («
November spawned a monster » reste, aujourd’hui encore, un morceau assez puissant, mais «
Ouija board, Ouija board », par exemple, n’a pas vraiment résisté aux outages du temps...), ils servirent ainsi de points de repères, de balises dans la vie alors tourmentée de Morrissey.
C’est la raison pour laquelle
Bona Drag reste à ce jour la seule compilation qui soit réellement indispensable pour qui s’intéresse un tant soit peu à la carrière solo du chanteur : à défaut d’être exhaustive (où sont passés «
Sister I’m a poet » ou «
Girl least likely to » ?), elle rassemble l’essentiel des titres présents sur les sept singles de cette période, et fait ainsi logiquement office de chaînon manquant entre les deux premiers albums solo de Morrissey. A (re)découvrir, donc.
Thibaut Losson - Copyright 2012 Music Story